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Comédies à l'italienne

Le rire est social. Le rire est communicatif. Le rire est international. Il est une des premières formes de langage, innée, un réflexe plutôt qu’un apprentissage. Le rire ne s’apprend pas, comme il ne se contrôle pas. Mais l’humour, qui est son principal stimulus, répond quant à lui à des codes. On peut bien lui prêter des nationalités, nonsens britannique, humour juif ou histoires belges… il n’en est pas moins avant tout, et plus justement, culturel, voire conjoncturel. Il donne lieu à un art, théâtral ou cinématographique : la comédie. C’est une de ses formes d’art – la comédie – et culture – la comédie italienne – voire conjoncture – la comédie italienne des années 60 aux années 80 – que cette programmation vous invite à rencontrer. La comédie à l’italienne, comme on l’appelle généralement.

Elle apparaît dans le courant des années 50, suite à la révolution cinématographique qu’a été le néoréalisme. Le néoréalisme a posé les bases du cinéma européen d’après-guerre. Le néoréalisme a insufflé de l’esprit au cinéma. Et comme toute révolution, il a fini par s’essouffler, il a fini par se faire gentiment progressiste, bienveillant, illusoire, aussi rose qu’un temps furent blancs les téléphones d’une autre forme de cinéma dont il voulait justement couper les fils. C’est alors qu’est arrivée la comédie. Faire de l’esprit avant de complètement le perdre. Le néoréalisme s’est internationalisé, il a essaimé, il a fait des petits. Il est devenu une forme. Il a fait des vagues… La comédie s’est faite italienne, parlant non seulement de l’Italie et des Italiens, mais abordant surtout de front l’italianité comme La Bruyère ses Caractères. Et puis la forme s’est codifiée. Non plus seulement une comédie italienne mais une comédie à l’italienne. On l’a spécifiée : LA comédie à l’italienne.
Elle sera politique. Elle sera sociale. De l’ironie à la farce. Elle reprendra les atours de la commedia dell’arte pour se jouer de ce mirage que l’on appelait alors miracle économique. Elle se fera féroce, grinçante, cynique, bouffonne. Profondément incorrecte, politiquement incorrecte, elle sera iconoclaste et avant tout jouissive. Elle s’en prendra autant aux institutions qu’aux bourgeois ou aux pauvres, à la cupidité ou à la sexualité. Elle reviendra avec mordant sur l’histoire du pays, la feuilletant sans hésiter à s’arrêter sur ses pages les plus noires. Un rouleau compresseur qui conjuguerait l’humour démonte pneu du burlesque d’avant-guerre avec la colère née d’un constat social d’après-guerre amer.
De Totò à Roberto Benigni, elle part du geste et du loufoque, d’une tradition théâtrale – la commedia dell’arte et le théâtre napolitain. Elle se fond dans – et se fonde sur – le néoréalisme ; jusqu’à lui voler son réalisme, représentant l’Italien moyen dans lequel le spectateur sait reconnaître ses propres vices tout en s’en amusant. Accusée d’avoir creusé la tombe du néoréalisme, elle se fait néo-moralisme, jouant d’immoralisme pour traquer une moralité bourgeoise de façade ou déranger une morale de gauche un peu trop bien pensante.
Genre majeur du cinéma italien des années 60 et 70 – une époque où le cinéma italien a justement réinventé les genres : le western, le polar avec le giallo, le fantastique… et contrairement à ces genres destinés en partie à l’exportation – la comédie a tendu à l’Italie un miroir corrosif, voire subversif, parce qu’extrêmement populaire, notamment grâce aux acteurs sur lesquels elle a su se reposer : Totò, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Claudia Cardinale… Un genre généralement considéré comme mineur et rendu majeur par des cinéastes comme Mario Monicelli, Dino Risi, Luigi Commencini, Ettore Scola, Pietro Germi, Vittorio De Sica…

C’était l’âge d’or de la comédie italienne. On l’a appelée, peut-être de manière artificielle, « à l’italienne » ce qui avait le don d’énerver Dino Risi qui demandait si on appelait « à l’américaine » les comédies faites en Amérique ?…

Voici donc quelques comédies italiennes, si l’on veut juste passer de bons moments de cinéma, ou comédies « à l’italienne » si l’on tient vraiment à accentuer leur caractère typiquement atypique.

Franck Lubet

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