Colloque
 
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Programme

Colloque international
Les « versions réalisateur » :
la paternité du film entre réalisateur et producteur
Du 31 janvier au 2 février 2007

Programme


Mercredi 31 janvier après-midi
Président de séance : Arnaud RYKNER (Institut universitaire de France/Toulouse 2)
14h    Ouverture : Natacha Laurent (La Cinémathèque de Toulouse) et François Thomas (Paris 3)
14h15 Jean-Pierre Berthomé (Rennes 2) : Le fantasme de l’œuvre perdue
Tardivement apparue dans les années quatre-vingt, la notion de director’s cut correspond-elle à une réalité objective, propre à la production et à la distribution contemporaines des films ? On tentera une réponse en s’appliquant à définir le terme.
15h Discussion
15h30 Pause
16h Dominique Bougerol (Poitiers) : Le montage final des œuvres cinématographiques : une question lancinante en droit français et américain
Si la loi française détermine en priorité les modalités d’établissement de la version définitive d’une œuvre cinématographique ou télévisuelle, le Copyright Act est moins disert sur le sujet, laissant à la Directors Guild of America le soin de régler le sort du final cut par le biais d’un accord collectif de nature professionnelle.
16h45 Kira Kitsopanidou (Paris 1, Paris 3, Paris 8) : Le director’s cut, ou le commerce du réalisateur à Hollywood
La production de films étant aujourd’hui multiformat, multisupport et multimarché, dans quelle mesure peut-on encore définir les produits d’Hollywood comme l’expression de l’individualité d’un auteur ? Le director’s cut, opposé implicitement à un producer’s cut et soulignant un enjeu de contrôle artistique sur le film, ne participe-t-il pas à la valorisation marchande globale du contenu filmique au même titre que les autres versions, formats, supports, marchés ?
17h30 Discussion
20h Projection : Blade Runner (1982) de Ridley Scott.

Jeudi 1er février, matin
Président de séance : Serge REGOURD (Université Toulouse 1)
9h30 Erwan Cadoret (Paris 3) : Les métamorphoses des Alien
L’édition en DVD de la tétralogie Alien propose, en plus des films sortis en salles, une version réalisateur pour chacun des épisodes. Autant, pour Alien (Ridley Scott) et Alien : la résurrection (Jean-Pierre Jeunet), les modifications sont relativement minimes, autant Aliens (James Cameron) et Alien3 (David Fincher) sont réellement transformés. Quatre metteurs en scène, quatre expériences singulières.
10h15 Isabelle Marinone (Paris 3) : André Sauvage, André Citroën et Léon Poirier : La Croisière jaune
La société Citroën affirme ne pas avoir conservé le montage d’origine de La Croisière jaune (1931-1934), documentaire sur l’expédition Citroën-Centre Asie qu’elle a commandé à André Sauvage avant d’en confier le remontage à Léon Poirier. Mais Dans la brousse annamite, court métrage monté par Sauvage à partir de ses images indochinoises, permet de confronter la Croisière jaune humaniste tentée par Sauvage et celle détournée par Poirier. Tentative d’archéologie.
11h Pause
11h15 Fernao Ramos (Universidade Estadual de Campinas) : Un homme à abattre d’Eduardo Coutinho : vingt ans après, le remake d’un film, d’une famille et d’un pays
Un homme à abattre a été monté par son producteur syndical (la CPC/UNE) en 1963, mais, avant son achèvement, censuré par la dictature militaire. Vingt ans plus tard, le réalisateur Eduardo Coutinho a pu remonter ses rushes en les confrontant aux images d’un nouveau tournage avec ses anciens interprètes. Le film change alors de nature : un docudrame sur un leader paysan du Nordeste assassiné devient un exemple de cinéma-vérité.
12h Discussion

Jeudi 1er février, après-midi
Président de séance : Leonardo Quaresima (Udine)
14h30 Frédéric Monvoisin (Paris 3) : Les versions réalisateur existent-elles en Asie ?
Trois pays, trois règles du jeu. En Corée du Sud, l’industrie du cinéma utilise la notion de director’s cut pour redonner vie aux films les plus commerciaux. Le Japon parle plutôt de « version intégrale », sans invoquer le réalisateur, avec les mêmes enjeux. À Hongkong, le director’s cut est beaucoup plus multiforme, comme l’attestent des films tels que Game of Death de Bruce Lee, L’Enfer des armes de Tsui Hark et Infernal Affairs d’Andrew Lau ou les œuvres complètes de Wong Kar-wai.
15h15 Discussion
15h45 Pause
16h Jonathan Rosenbaum (Chicago Reader) : Des dangers potentiels de la « version réalisateur »
L’invention de la « version réalisateur » permet de vendre deux fois le même produit au consommateur. Superficiellement, le mythe à l’œuvre est que chaque film a deux versions, une bonne et une mauvaise. En réalité, il sous-entend que chaque film a au moins deux versions, une bonne et une meilleure. Promenade à travers des films de Raoul Ruiz, Abbas Kiarostami, Orson Welles, Joseph Losey, Ridley Scott ou Jacques Rivette.
17h15 Discussion
19h Projection : L’Amour fou (1968) de Jacques Rivette.

Vendredi 2 février, matin
Président de séance : Guy Chapouillié (Toulouse 2 / Esav)
10h Laurent Le Forestier (Amiens) : La version réalisateur comme attraction des éditions DVD
La mention « version réalisateur » est souvent une labélisation outrancière, qui concerne principalement des films relevant de ce que l’on appelle le cinéma postmoderne. Une partie du cinéma contemporain, sur le plan esthétique, relève de l’attraction (dans tous les sens du terme), et sa diffusion en DVD amplifie ce phénomène en proposant des scènes autonomes, détachables.
10h45 Pause
11h Leonardo Quaresima (Udine) : Singulier, pluriel : de quelques conséquences de la forme d’existence numérique au cinéma
Au-delà de la question des « versions réalisateur », le DVD a affirmé une situation de multiplicité généralisée. Non seulement l’acheteur peut acquérir un film en plusieurs versions, mais il reçoit des instruments, aussi bien pour la bande image (les formats) que pour la bande son (langues et sous-titres), qui lui permettent de construire lui-même plusieurs versions du même film. Le numérique semble changer radicalement l’idée de cinéma, fondée sur la notion de film singulier.
11h45 Discussion
12h30 Clôture : Michel Marie (Paris III) et Christophe GAUTHIER (La Cinémathèque de Toulouse).

Pour accompagner ce colloque, La Cinémathèque de Toulouse a proposé dans le cadre de Zoom arrière, et de sa Section 1, quelques-uns des Director's cut les plus marquants :

Alien (director's cut) de Ridley Scott qui profitait de la restauration du film pour le retoucher : coupes de certains plans d'entrée ou de sortie qu'il juge trop longs, trop axés sur l'aspect plastique et pas suffisamment au service de l'intrigue. Ajout d'une scène de cocons différente de ce que Cameron avait imaginé dans sa suite.

L'Amour fou (version longue) de Jacques Rivette, qui avait été tronqué au moment de sa sortie pour rassurer les exploitants de salles qui ne voulaient pas perdre une séance sur leur grille horaire à cause de la durée du film. Une version longue a tout de même été exploitée au même moment dans une salle d'art et d'essai parisienne.

Blade Runner et Blade Runner (director's cut) de Ridley Scott, les deux versions pour mesurer l'enjeu d'un montage revendiqué par un cinéaste. Blade Runner première mouture, sa voix-off et son happy end, symptôme des craintes abusives des studios. Blade Runner (director's cut) qui y remédie.

L'Exorciste (director's cut) de William Friedkin, un cas très particulier. En effet, Friedkin s'est toujours dit satisfait du film. Néanmoins, en 2001 le film ressort avec 11 minutes en plus. Friedkin explique qu'il ne s'agit pas d'un « montage de metteur en scène, qui obtient le feu vert pour restaurer le film qu'il rêvait. Ce n'est pas non plus un second essai pour redonner vie à un film qui n'a pas marché. L'Exorciste n'est pas Blade Runner, dit-il, qui ressort périodiquement avec de nouvelles scènes. Cette nouvelle version, c'est un geste d'amitié à l'égard de Blatty. » William Peter Blatty, auteur du livre, scénariste et producteur du film, qui estimait que ces 11 minutes (que pour sa part, Friedkin avait jugé bon de ne pas conserver) manquaient au film, ou du moins de l'idée qu'il s'en faisait.

Ludwig (version intégrale) de Luchino Visconti, ou le cas d'une version réalisateur post mortem, remontée selon les notes et la volonté du défunt maître par ses proches collaborateurs, Ruggero Mastroianni, son monteur, et Suso Cecchi d'Amico, coscénariste, après qu'ils aient pu racheté le négatif à la production qui l'avait massacré.

La Porte du paradis (director's cut) de Michael Cimino, ou la revanche d'un film maudit, mutilé et vilipendé, qui devait jeter un studio au bord de la faillite et porter un coup dur à la carrière de son auteur. Un western surtout, qui malmenait les mythes fondateurs de l'Amérique et que l'Amérique justement ne lui pardonna pas. Un film qui s'en prenait aux légendes et qui allait lui-même en devenir une. Au-delà du chef-d'oeuvre, peut-être le cas d'école de la notion de director's cut.

Rencontres du 3e type (version définitive) de Steven Spielberg, ou la troisième version de toute une histoire : 3 ans après la sortie, en 1980, Spielberg retravaille le film (peut-être parce que les critiques ne l'avaient pas épargné. « Tellement que celui-ci eut des doutes et voulut améliorer son bébé » dit Laure Gontier). Il enlève 16 minutes à la version originale, en rajoute 7 qui avaient été tournées sans être utilisées et retourne 6 autres minutes d'épilogue où le héros entre dans une soucoupe volante (une concession faite à la Columbia qui acceptait de financer ces modifications à condition que l'on offre un plus à l'original). En 1999, il refait une nouvelle (la 3e donc) version : la bande son est remasterisée et, de nouveau, il supprime la séquence finale et en rétablit une plus longue où l'on voit le héros dans son garage. Il est à peu de chose près revenu au film présenté en 1977.

Le Souffle du démon (version intégrale) de Richard Stanley, un film sud-africain entre thriller ésotérique et western crépusculaire qui ne fut pas du tout du goût des producteurs, Bob et Harvey Weinstein. Sous l’impulsion du célèbre tandem à la tête de Miramax, Le Souffle du démon se vit amputer de 20 minutes et redoubler dans un anglais « correct ». Et comme si cela ne suffisait pas, l’ajout d’une voix-off vint briser net la magie du paysage namibien. Stanley finança de ses propres deniers une version fidèle à ses intentions, celle qui vous sera présentée.

Ces films ont été programmés entre le 31 janvier et le 28 février 2007.

© La Cinémathèque de Toulouse 2007