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Le film du jeudi

Orphée | Jean Cocteau

1949. France. 112 min. Noir & blanc. 35 mm.
Avec Maria Casarès, Marie Déa, Jean Marais, François Périer, Jacques Varennes, Juliette Gréco, Jean-Pierre Mocky
« J’ai fait, dit Cocteau, un film policier qui trempe d’un côté dans le mythe, de l’autre dans le surnaturel ». En transposant dans une période contemporaine le héros légendaire considéré comme le poète éternel, Cocteau développe autour d’Orphée les thèmes qui le touchent : la mort et par là même l’immortalité, l’amour, les miroirs et bien sûr la poésie. Une incursion mythique dans le royaume des morts au sortir duquel le cinéma est devenu cinématographe, où les trucages, inventions d’un Méliès communément senti comme le père du fantastique par opposition à Lumière, de simples effets visuels sont devenus véritable langage. Un langage poétique, donc terrifiant, pour parler d’un ailleurs, d’un hors-là, espace mythologique qui n’est pas le lieu d’une invasion du réel par l’imaginaire, mais qui naît de la pénétration de la réalité dans l’imaginaire. C’est de là, de cette pénétration que naît le fantastique propre à l’œuvre de Cocteau, un signe visible de l’invisible.

jeudi 15 décembre à 21h

Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? | Robert Aldrich

(What Ever Happened to Baby Jane?)
1962. États-Unis. 132 min. Noir & blanc. 35 mm.
Version originale sous-titrée en français.
Avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Buono, Marjorie Bennett
Mais qu’a-t-il bien pu arriver à Baby Jane ? Elle était jeune, elle était une vedette. Elle est aujourd’hui prisonnière de sa sœur. Deux sœurs, deux monstres sacrés : Bette Davis et Joan Crawford, qui se détestaient cordialement. Et la cruauté du cinéma dans tous ses états. Ou comment, avec deux stars vieillissantes et haineuses, réussir un des plus beaux films sur la folie causée par le star-system hollywoodien. Comme si Shirley Temple assassinait sa sœur, maquillée en clown blanc décrépi, en mime Marceau totalement schizophrène. Bette Davis et Joan Crawford terrifiantes, Robert Aldrich ou la méchanceté faite cinéaste. Un grand film malade, comme dirait Truffaut.

Film interdit à sa sortie aux moins de 12 ans.

jeudi 3 novembre à 21h

La Nuit (La notte) | Michelangelo Antonioni

1961. Italie / France. 122 min. Noir & blanc. Vidéo.
Version originale sous-titrée en français.
Avec Marcello Mastroianni, Jeanne Moreau, Monica Vitti
« Une sorte de croisement improbable entre les paroles silencieuses de Rossellini et les silences plombés de Bergman dans une espèce de no man’s land furieusement sentimental », écrivait Skorecki. Le naufrage d’un couple qui fait semblant une dernière nuit de colmater les fuites, mais qui n’y croit plus vraiment. Une soirée mondaine. Chacun fuit de son côté, à côté, vers des à côtés. Puis la nuit se termine, s’enlacer à l’aube dans un côte à côte désespéré, sans mot dire. Les dernières heures d’un couple à l’agonie, moins à cause d’une difficulté à communiquer que parce qu’il n’a plus rien à se dire. Nuit blanche pour film blanc – ce vide qui ponctue les conversations et qu’on appelle aussi malaise.

Jeudi 20 octobre à 21h

La Chienne | Jean Renoir

1931. France. 100 min. Noir & blanc. 35 mm.
Avec Michel Simon, Janie Marèze, Georges Flamant, Roger Gaillard
Legrand, modeste et honnête caissier mal marié, rencontre un beau jour Lulu, fleur de bitume plantée sur le trottoir par un maquereau qui n’a rien de philanthropique. Lulu fait le tapin et pour l’arracher à son souteneur, l’employé modèle tape dans la caisse. Il l’installe dans un petit meublé dans lequel il pourra s’adonner à son violon d’Ingres, la peinture. Le bonheur, qu’il croit le malheureux. Le début des illusions. Les désillusions de Legrand… Ni une comédie ni un drame, annonce le prologue en forme de théâtre de guignol. Fritz Lang en donnera un remake en 1945 avec La Rue rouge.

Jeudi 13 octobre à 21h

La Soif du mal (Touch of Evil) | Orson Welles

1958. États-Unis. 111 min. Noir & blanc. 35 mm.
Version originale sous-titrée en français.
Avec Orson Welles, Charlton Heston, Janet Leigh, Akim Tamiroff,
Marlène Dietrich, Ray Collins, Joseph Cotten, Zsa Zsa Gabor
Au diable le mémo de 58 pages. Un mythe. Un polar noir, qui brille au septième art comme l’étoile polaire détermine les points cardinaux, pour passer la frontière en plan-séquence grammairien. Pour descendre en contre-plongée dans les tréfonds d’une zone frontalière où justement les frontières ne sont jamais fixes. Melting-pot du part et d’autre. Il est gras, sale, lourd, Orson mal léché, se gave de sucreries pour étancher sa soif et nous guide au pays du mal avec la lucidité de ceux qui manquent de sobriété. Parce qu’il n’y a pas de bien sans mal.

Jeudi 22 septembre à 21h