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Le film du jeudi

Les Sœurs de Gion (Gion no shimai) | Kenji Mizoguchi

1936. Japon. 69 min. Noir & blanc. 35 mm. VOSTF.
Avec Isuzu Yamada, Yoko Umemura, Benkei Shiganoya, Kazuko Hisano
Deux geishas. Deux sœurs. L’une dans le respect des traditions. L’autre dans le rejet. La première complètement dévouée à son amant / protecteur. La seconde, consciente de sa condition, profitant et manipulant les hommes. Confrontation… Portrait de femmes par un cinéaste féministe. Mizoguchi pose son regard lucide sur la condition des femmes dans la société nippone. Une société en mutation, mais qui n’en continue pas moins d’aliéner les femmes.

jeudi 19 décembre à 21h

King Kong | Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack

1933. États-Unis. 100 min. Noir & blanc. 35 mm. VOSTF.
Avec Fay Wray, Robert Armstrong, Bruce Cabot, Frank Reicher
Parce que dans la savane le roi des animaux est lion et qu’au cinéma il est Kong. Celui qui allait devenir la star de la RKO, le gorille géant déchu du phallique Empire State Building : King Kong. Bien sûr King Kong reste un formidable film d’aventure et les effets spéciaux qui l’ont rendu célèbre n’ont rien perdu de leur magnétisme. Merveilleusement humanisé, le grand singe fait toujours son effet, d’abord effrayant, avant de devenir cette chose pleine de poils et d’émotions. Et cette émotion qui nous saisit encore aujourd’hui fait aussi son effet sur Fay Wray, la belle pour qui la bête en pince. L’histoire d’un amour impossible entre une femme et un gorille. Un amour contre-nature condamné à rester non-dit. La scène où King Kong renifle ses doigts après avoir rajusté la robe quelque peu déchirée de la belle a été coupée en 1938 avant d’être restaurée en 1969.

jeudi 5 décembre à 21h

Mamma Roma | Pier Paolo Pasolini

1962. Italie. 110 min. Noir & blanc. Version numérique restaurée. DCP. VOSTF.
Avec Anna Magnani, Ettore Garofolo, Franco Citti
Deuxième film de Pasolini, sorti un an après Accatone, Mamma Roma devait pâtir du succès du premier. La critique de l’époque, préoccupée par la recherche d’un nouveau cinéma, passait à coté de la naissance d’un nouveau cinéaste, et décidait de n’y voir qu’une redite sans intérêt d’Accatone. Même milieu sous-prolétaire, même atmosphère néo-réaliste renforcée par la présence d’Anna Magnani dans le rôle d’une prostituée qui cherche la Rédemption dans l’éducation de son fils. Il fallut attendre 13 ans (laps de temps pour que le film sorte en France) et la mort de Pasolini avant d’admettre que cette tragédie des bas-fonds n’avait rien d’un Mamma Roma ville ouverte. Pasolini ne dépeint pas la vie des bidonvilles, il élève les pauvres au rang de héros tragiques. Tragédie chrétienne ou christique. Il fait d’une prostituée et d’un voleur les apôtres de son chemin de croix. À moins que ce ne soit simplement une version du Capital écrite par Claudel.

Deux autres films de Pier Paolo Pasolini seront présentés en version restaurée : Salò ou les 120 journées de Sodome les 23 et 27 novembre et Médée le 26 novembre.

jeudi 21 novembre à 21h

Monsieur Klein | Joseph Losey

1976. France / Italie. 122 min. Couleurs. 35 mm.
Avec Alain Delon, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Michael Lonsdale, Juliet Berto
Marchand d’art, Monsieur Klein, sans scrupule, sait profiter de l’Occupation pour faire ses petites affaires. Il achète à bas prix les tableaux des Juifs traqués pour mieux les revendre. Quand il trouve dans sa boîte aux lettres un journal d’obédience juive. Il découvre alors qu’il a un homonyme juif qui vit dans la clandestinité et craint d’être lui-même pris pour juif… La France occupée de 1942 et la rafle du Vel’d’Hiv. Mais ce qui fait de ce film produit par Alain Delon un grand classique du cinéma français tient davantage dans la parabole métaphysique : un personnage borgésien recherche son moi dans un univers kafkaïen.

suivi d’une intervention d’Ophir Lévy (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)

en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, dans le cadre des Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs de France

jeudi 14 novembre à 21h

Sous le sable | François Ozon

2000. France. 95 min. Couleurs. 35 mm.
Avec Charlotte Rampling, Bruno Cremer, Jacques Nolot

Sous le sable, il y a 25 ans d’un mariage heureux. Une vie qui file entre les doigts, le temps d’un sablier retourné. Dans l’eau, il y a Bruno Cremer parti comme un plouf. Sur le sable, il y a Charlotte Rampling échouée, et c’est assez. Sous le sable est un film fin sur le deuil, son refus, son reflux. Sous le sable, il y a les vagues de Virginia Woolf. Un film sur la disparition et l’empreinte, le « qui laisse une trace laisse une plaie » de Michaux. La disparition, c’est l’absence du corps qui empêche d’accepter la mort. L’empreinte, c’est la porte ouverte à l’apparition (quasi du fantastique) qui fait du mort un hors-là.

présenté dans le cadre de la carte blanche à Charlotte Rampling

jeudi 17 octobre à 21h