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Nouvelles vagues européennes

La Nouvelle Vague, certes, est née en France. C’était il y a cinquante ans, et c’est pourquoi nous lui avions consacré notre programmation de mai dernier. Mais cet esprit de renouveau et de liberté n’a pas été qu’un phénomène hexagonal. Bien au contraire, il a touché de très nombreuses autres cinématographies dans le monde. Nous avons choisi, pour cet automne, de nous concentrer sur le continent européen et de vous proposer un parcours, non exhaustif bien sûr, de ce que la Nouvelle Vague a signifié dans une Europe qui était alors scindée en deux blocs idéologiquement opposés.

De la Suisse à l’Union soviétique en passant par l’Italie, la Hongrie, l’Allemagne ou la Tchécoslovaquie, ce voyage vous propose de redécouvrir des films et des auteurs qui ont porté bon nombre des aspirations de la jeunesse des années 60, qu’il s’agisse de celle de l’Ouest ou de celle de l’Est, et qui ont participé à l’invention d’une autre façon de faire du cinéma. Ces nouvelles vagues ont d’ailleurs souvent, et à la différence de ce qui s’est passé en France, une dimension clairement politique. Toujours attentifs à suivre des destins individuels, le Tchèque Forman (Au feu les Pompiers), les Polonais Skolimowski (*Walkover*_) et Polanski (le Couteau dans l’eau), les Italiens Pasolini (_*Accatone*) et Bertolucci (Prima della rivoluzione), le Soviétique Iosseliani (Il était une fois un maître chanteur) incarnent l’énergie et la liberté de cette génération.

Et comme l’Espagne n’est pas restée en dehors de ce mouvement européen, mais a donné naissance, en Catalogne, à ce que l’on a appelé « l’Ecole de Barcelone », il était tout naturel que la Cinémathèque propose une collaboration artistique au festival Cinespana que nous accueillons, chaque automne, depuis plus de 10 ans. Et c’est ainsi que nous aurons le plaisir de recevoir ensemble nos collègues et amis de la Filmoteca de Catalunya le 3 octobre, ainsi que le cinéaste José Maria Nunes le 5 octobre.

Natacha Laurent · Septembre 2009.

Cinémas de Turquie

En dehors de quelques noms célèbres, le cinéma turc reste un univers un peu mystérieux pour la France. La Saison culturelle turque, qui bat actuellement son plein, est l’occasion de mettre à l’honneur le patrimoine cinématographique de ce pays et de rappeler – même si c’est une évidence – que le Septième art n’a pas attendu les dernières années du XXe siècle pour rayonner sur les rives du Bosphore. Cette programmation est donc une invitation à découvrir quelques-uns des plus grands films produits en Turquie au cours des 60 dernières années, des chefs d’œuvre de Lüfti Ömer Akad, souvent présenté comme le père du cinéma turc, aux réalisations de la nouvelle génération, incarnée notamment par Reha Erdem, en passant par les films plus connus de Nuri Bilge Ceylan. Modernité et tradition, ouverture sur l’Europe et attachement à l’Orient, religion et laïcité, relations hommes-femmes, toutes ces questions qui sont au cœur de l’identité turque nourrissent les différents films que nous avons sélectionnés.

Pour accompagner ce voyage, deux soirées permettront, dès le début de la programmation, de découvrir des facettes différentes de la culture turque : le 4 novembre, à 19h30, nous aurons le plaisir de recevoir l’un des représentants les plus emblématiques de la nouvelles génération, Hüseyin Karabey, qui viendra partager avec le public son « Métier de cinéma » et nous présenter son dernier film My Marlon and Brando. Et le 6 novembre, nous vous proposons une soirée, en images, musique et poèmes, entièrement consacrée au très grand poète Nazim Hikmet, en compagnie des interprètes toulousains, Les Baladins d’Icarie. Deux soirées entre patrimoine et création contemporaine pour accueillir toutes les facettes de la richesse culturelle turque.

Natacha Laurent

Extrême Cinéma / Apocalypse Now

Le Stetson dans une main, l’autre solidement agrippée à l’encolure de la tête nucléaire, lâché dans le ciel soviétique, le Major King Kong chevauche la bombe, à cru, comme on monte un mustang sauvage. Rodéo atomique. Hi ha ! C’était le fameux final du Dr Strangelove kubrickien, ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, comme le soulignait ingénieusement le sous-titre en forme d’accroche publicitaire. L’histoire, c’est que le cinéma, la bombe, il l’a aimée tout de suite et tout de go, au premier coup d’œil. À toutes les sauces, de préférence paranoïaques ou froides, lui prêtant parfois les attributs de créatures venues d’un autre monde. Un vrai coup de foudre. Une vraie manne. L’histoire, c’est que nous aussi spectateurs, on en est tombé amoureux aussi sec. Monde de désolation, spectacle d’horreur, institutions en décomposition. Du mauvais présage pour de la bonne anticipation. Les yeux écarquillés devant l’écran comme un devin païen le nez dans les entrailles d’une colombe éventrée, nous aussi on veut connaître l’avenir. Il est sans avenir nous disent les augures : Apocalypse. Now ! Crise économique, dérèglement climatique, société anthropophage… Ouvre ta fenêtre, regarde, c’est maintenant et ça ne date pas d’hier, c’est ton monde qui se lit dans ces entrailles en forme de programmation atomisée, déjà putréfiées. Bienvenue chez toi nous disent les augures et si tu rêves vraiment d’un autre monde, appuie sur le bouton. Pour passer de ce monde radieux au vrai monde irradié, appuie sur le bouton. Le monde a bien pu se réchauffer et la bombe prêter son épée de Damoclès à l’ozone, le résultat cinématographique est le même : Apocalypse mon amour. Et de nous susurrer, toujours en demande : miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? C’est toi, ma petite Apocalypse, c’est toi mon Apo chérie. Du carnage, du mutant, du chaos, appuie sur le bouton qu’on finit par se dire. Qu’on en finisse. Que la bombe explose, que la nature implose, que le sexe même ni puisse plus rien. Qu’enfin le spectacle commence.

Extrême Cinéma

Broadway fait son cinéma

Pour terminer l’année dans la bonne humeur et affronter l’hiver avec dynamisme, rien de tel qu’un voyage à Broadway pour découvrir cet univers mythique du théâtre, du music-hall et de la comédie musicale. Incarnation du rêve américain, du spectacle parfaitement maîtrisé et d’une alliance magique entre musique et danse, Broadway a été très souvent mis en scène par le septième art. Cette avenue située au cœur de Manhattan, et qui est rapidement devenue le symbole de la scène new-yorkaise, a inspiré les plus grands cinéastes de Hollywood.
Et c’est à un véritable feu d’artifice cinématographique que nous vous convions : de West Side Story à Cabaret en passant par Match d’amour, 42e Rue ou Que le spectacle commence, ce mois de décembre sera l’occasion de retrouver des danseurs, des acteurs, des chorégraphes et des cinéastes qui appartiennent à ce que le spectacle américain a produit de meilleur : Busby Berkeley, Gene Kelly, Stanley Donen, Cyd Charisse, Vicente Minnelli, ils ont tous fait rêver leurs contemporains. Leur enthousiasme et leur talent, la beauté de ce qu’ils ont produit et l’énergie qui s’en dégage, leur sens du rythme et du spectacle sont intacts et continuent tout autant de nous transporter aujourd’hui. Le dernier « Métier de cinéma » de l’année sera bien entendu consacré à cette thématique. Nous aurons ainsi le plaisir de recevoir, le 8 décembre prochain, Sonia Schoonejans, danseuse et critique, cinéphile déclarée, qui nous accompagnera dans ce voyage au cœur de Broadway : That’s Entertainment !

Natacha Laurent

La France en docs

Très présent dans les festivals, distribué aujourd’hui dans les mêmes réseaux que le cinéma de fiction, soutenu par la critique, le cinéma documentaire a réussi, d’une certaine façon, à « sortir du maquis » et à acquérir une véritable légitimité auprès du public. Il était temps que la Cinémathèque de Toulouse lui consacre l’une de ses programmations en proposant un aperçu de son immense richesse.

Pour cette première exploration – puisqu’il est assuré que nous y reviendrons -, nous avons choisi de partir à la découverte de nous-mêmes. Nous avons donc demandé à ces cinéastes, de Georges Rouquier à Raymond Depardon, en passant par Chris Marker, de nous aider à porter un regard sur la France et les profondes mutations que notre pays a vécues depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. « La France en docs » se présente comme un portrait aux multiples facettes d’une réalité souvent trop proche de nous pour que nous puissions la saisir pleinement.

Il était naturel que cette programmation trouve sa place en janvier et puisse ainsi se construire en collaboration avec le colloque du Clémi, consacré au cinéma documentaire, et que la Cinémathèque accueille chaque année. Deux moments importants structureront ce début d’année : dans le cadre de notre rendez-vous mensuel « le métier de cinéma », nous recevrons le 12 janvier Jean-Louis Comolli, figure essentielle du documentaire. Et le 28 janvier, une table ronde rassemblera les principales sociétés de production de films documentaires en Midi-Pyrénées. Car notre territoire régional n’est pas simplement un lieu d’accueil de tournages : il est riche de structures de création qui participent à la construction d’un véritable regard sur notre réalité.

Natacha Laurent