Bilan de la 5e édition du festival Zoom Arrière
Organisé par la Cinémathèque de Toulouse, le festival Zoom Arrière 2011 – consacré cette année au thème de l’Antiquité au cinéma – s’est terminé avec succès et a rassemblé plus de 10 000 spectateurs autour de plus de 100 projections et événements.
Parmi les temps forts : le vernissage de l’exposition des costumes d’_Agora_ et le ciné-concert Le Cabinet du Docteur Caligari, qui ont ouvert les festivités ; le ciné-concert Métropolis, accompagné par l’Orchestre de Chambre de Toulouse ; et la soirée de clôture avec le spectacle Crazy Cinématographe.
Parmi les programmes les plus plébiscités : les représentations de peplum, les ciné-concerts et l’hommage au Museo Nazionale del Cinema de Turin. Sans oublier Zoom Arrière Spécial Jeunes, ponctué par la remise des Prix Jury Jeunes et Ciné-concert.
Le public mais aussi la presse et les partenaires ont donc répondu présent à cette 5e édition du festival. Des reprises du programme sont actuellement en cours dans toute la France.
Zoom Arrière vous donne rendez-vous en mars 2012 pour sa 6e édition.
Il a fait son apparition au début des années 60. Le mot « peplum ». Sorti de sa signification première, un vêtement féminin antique, et débarrassé de l’accent qui l’ornait depuis une lointaine et littéraire francisation. Sorti de sa désuétude pour désigner, dans les cercles cinéphiles parisiens, ces films de série B italiens se déroulant dans l’Antiquité, mettant en scène des personnages légendaires (tel Maciste) ou historiques (telle Cléopâtre) et qui fleurissaient sur les écrans. Pour autant il n’a pas fallu attendre le « mot » pour voir des films mettant en scène l’Antiquité.
Dès les premiers temps du cinéma, on a assisté à une floraison de « scènes antiques » tels Néron essayant des poisons sur ses esclaves (1896) ou les différents chapitres de la vie du Christ (de l’Annonciation à la Résurrection) filmés par les Frères Lumière ou par Pathé et qui, mis bout à bout, furent l’une des premières formes du récit narratif cinématographique. Il n’y a rien de très étonnant à cela : à ses origines, le cinéma a pillé la culture populaire commune – commune au plus grand nombre, fictions littéraires et théâtrales, tableaux populaires, non pas tant pour les reproduire que pour leur donner la vie en mouvement.

Dans la foulée, l’invention du Film d’art et la recherche de sujets nobles qui en découlait finiront de placer l’Antiquité aux prémices de ce nouvel art que l’on nommait encore cinématographe. Pour elle, Pastrone invente le long métrage (Cabiria, 1914) qui traversera l’Atlantique pour inspirer Cecil B. DeMille et Griffith, point de départ d’une course folle au gigantisme. Car, s’il est une chose qui caractérise le peplum, ou la représentation de l’Antique au cinéma, de Rome, Carthage, Alexandrie, Troie ou Pompéi, du IVe siècle après Jésus-Christ aux temps immémoriaux des légendes, c’est ce gigantisme. Des décors énormes, des milliers de figurants, des animaux comme un zoo… et des histoires et des personnages, réels ou fictifs, hors normes. Pour l’Antiquité, on a inventé les grosses productions – dans les années 1910-20 – jusqu’aux superproductions – dans les années 50 – jusqu’à se ruiner dans les années 60 avec Cléopâtre et La Chute de l’Empire romain.
Une course au gigantisme que l’on a perçue comme la course à l’armement entre les deux superpuissances, états-unienne et soviétique, durant la guerre froide. Une guerre entre le cinéma européen et américain, une guerre entre Hollywood et Cinecittà. Guerre des moyens avant tout ; et l’on se rappellera ce technicien italien qui disait à propos du tournage de Cléopâtre que le seul budget téléphone dépassait celui de toute une production italienne. Guerre de l’historicité aussi, celle qui se voudrait fidèle à l’Histoire, de la vraisemblance au vérisme (la frange de la romanité que Roland Barthes taille en quatre dans son article « Les Romains au cinéma »), contre une légitimité géographique, l’héritage des ruines. Au final, on aura plutôt vu l’émergence d’une nouvelle chimère : la coproduction internationale ; financière, technique et artistique. On aura assisté à une bataille digne des Thermopyles, celle d’une production de mastodontes contre une production de masse. Mais si cette guerre de Troie a eu lieu, c’est l’enjeu commercial d’un cinéma populaire qui se cachait dans le cheval. Il a connu, ce cinéma populaire, son zénith dans les années 50 et, blessé à mort par Cléopâtre, a fini par s’éteindre avec La Chute de l’Empire romain. Mort le peplum, c’est l’Antique qui pouvait faire son retour. La revanche, comme une sorte d’« auteurs contre-attaquent » des années 60, d’une Antiquité fouillée par ces cinéastes que l’on dit auteurs (Godard, Pollet, Straub / Huillet, Pasolini, Jarman, entre autres) pour en évaluer l’importance pour la connaissance du contemporain. Quelque chose comme un retour aux sources. Un phénix qui renaît toujours de ses cendres.
Comme dans les années 30, le peplum, dans son acception populaire, aura alors connu une nouvelle traversée du désert, avec quelques tentatives plus ou moins réussies, jusqu’aux années 2000 et le succès phénoménal de Gladiator qui en signait le « revival » sous forme de « blockbuster » (nouveau mot pour superproduction), aidé en cela par une nouvelle avancée cinématographique : le numérique. Parce que le peplum, et c’est là l’autre de ses caractéristiques majeures, a toujours été lié, qu’il les impulse ou les teste, aux innovations du cinéma : les premiers mouvements de caméra, la complexification de la narration avec le montage alterné, les effets spéciaux bien sûr et les formats comme le Cinémascope (La Tunique, premier film en Scope-couleurs inauguré en 1953). L’arrivée du numérique lui a permis de retrouver sa superbe et de se laisser aller à ce qui lui sied à merveille : le spectaculaire. Le spectacle tout court. Et si la 3D ne s’en est pas encore emparé, on se prend déjà à s’imaginer dans l’arène, taillé en pièces par un gladiateur ou un lion en relief.
En attendant, ceux qui te regardent te saluent. Ave Peplum !
Le Museo Nazionale del Cinema et les autres archives invitées
Chaque année à Zoom Arrière, il est désormais de tradition d’inviter plusieurs cinémathèques européennes à présenter leurs plus récentes restaurations. Parce que nous ne saurions considérer le patrimoine comme un arbre sec, mais bien comme la perpétuelle et féconde invention de films célèbres ou méconnus, rendus visibles par la seule obstination des archives et des cinémathèques et la collaboration des ayants-droit.

Une dizaine de ces archives est représentée en 2011, de France (Paris, Bois-d’Arcy et Toulouse), d’Allemagne (Berlin), du Luxembourg, des Pays-Bas (Amsterdam), d’Italie (Milan et Turin) et – pour la première fois – du Portugal (Lisbonne). Il en est des films comme des livres, certains sont des monuments dont la restauration nous permet d’apprécier toute la splendeur (ici Fellini Roma proposé par Turin ou, bien sûr, Métropolis), d’autres des trésors du patrimoine national (Le Mystère du printemps présenté par la Cinémathèque portugaise, les Films d’Art issus des Archives françaises du film), d’autres enfin des objets plus secrets qu’un festival comme le nôtre permet de dévoiler au plus grand nombre (Le Fiacre n°13 de Kertesz, pas encore devenu Michael Curtiz, les films de Marcel Hanoun par exemple) ou encore des « films de chevet » comme cette Valise des songes que nous offre l’une des plus anciennes cinémathèques d’Europe, celle de Milan.
Comme chaque année enfin, l’une de ces archives est notre invitée d’honneur. C’est le cas du Museo Nazionale del Cinema de Turin, inauguré en 2000, qui est aujourd’hui le plus grand musée d’Europe (3200 m²) dédié au septième art. Il est également le plus riche grâce à l’immense collection léguée par Maria Adriana Prolo à la commune en 1991. Toutes sections confondues, le Musée présente à Zoom Arrière une exposition et huit restaurations, dont un film de 1911, Les Noces d’or, fruit d’un travail commun avec la Cinémathèque de Toulouse.
Grâce à la collaboration entre archives – en l’occurrence avec les Archives françaises du film du CNC –, nous sommes également en mesure de présenter Le Soldat Laforêt de Guy Cavagnac, dont nous avions rassemblé les éléments de tirage, comme un petit western américain rarissime de la fin du muet, et Beliou la fumée, dont nous conservions un élément nitrate. Des films du passé qui redeviennent des films du présent, preuve s’il en est que le patrimoine cinématographique incarne un vivace et un bel aujourd’hui.
Hommage au Museo Nazionale del Cinema de Turin
Berlin | la Deutsche Kinemathek Museum für Film
und Fernsehen
Lisbonne | la Cinemateca Portuguesa – Museu do Cinema
Luxembourg | la Cinémathèque de la Ville de Luxembourg
Amsterdam | le EYE Film Institute Netherlands
Milan | la Fondazione Cineteca Italiana
Paris | la Cinémathèque française
Paris – Bois d’Arcy | les Archives françaises du film
Toulouse | la Cinémathèque de Toulouse
Le sourcil sombre d’Orson Welles jouant Saül dans David et Goliath. Les yeux charbonneux d’Elisabeth Taylor en Cléopâtre. Le torse luisant de sueur de Charlton Heston dans Ben-Hur. Mais aussi les yeux crevés d’Œdipe mis en scène par Pasolini en 1967. Des images extraites de films qui ont mis en scène l’Antiquité, chaque spectateur en a conservé au moins une dans sa mémoire.
Apparu dès l’époque du muet, culminant dans les années 1960, le peplum connaît une véritable renaissance avec Gladiator. Le film sera suivi, entre autres, d’_Alexandre_, du Roi Arthur, de Troie, puis plus récemment de La Dernière Légion ou encore d’_Agora_. Ces grandes fresques peuplées de stars du monde entier (Russell Crowe, Colin Farrell, Angelina Jolie, Colin Firth, Clive Owen, Keira Knigtley, Diane Kruger et bientôt Tahar Rahim…) font revivre aux spectateurs une histoire mythique.
Faire redécouvrir le patrimoine cinématographique et le partager avec le plus grand nombre?: tels sont les objectifs du festival Zoom Arrière. Convaincue que le 7e art peut rassembler tous les publics, la Cinémathèque de Toulouse a créé, il y a cinq ans déjà, ce festival ouvert à tous.
Faire dialoguer les cinémas d’hier et d’aujourd’hui. Zoom Arrière s’ancre dans le présent de la création et révèle
que le travail d’une cinémathèque du XXIe siècle n’a de sens que dans une relation forte avec les artistes d’aujourd’hui. Projections, ciné-concerts, rencontres, expositions, en présence de nombreux invités, seront l’occasion de montrer combien les films « anciens » peuvent être modernes.
Un spectacle, une explosion d’images et de sons… Zoom Arrière, c’est 10 jours de cinéma pour tous du 15 au 26 février 2011.