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Fin du monde ?

Fin du monde, c’est bien évidemment cette fin du monde annoncée pour 2012. Le 21 décembre 2012 pour être précis ; selon le calendrier maya. Avec le décalage horaire, sous nos latitudes, ce devrait être le 22, toujours pour être précis. Même s’il se pourrait que ce soit le 12 décembre (selon d’autres sources dont vous comprendrez qu’on les taise). Y consacrer une programmation dès le mois de janvier, c’est se laisser le temps de la voir venir, d’y réfléchir et de s’y préparer. Parce qu’en décembre, si l’on n’a pas encore rejoint les extra-terrestres sur le mont Bugarach dans l’Aude, on risque d’avoir d’autres soucis que d’aller au cinéma. Bref, la fin du monde de décembre en janvier, c’est une manière de commencer l’année par la fin, par un pied de nez, de s’amuser de cette récurrente fin du monde, mais surtout de s’accorder le temps de l’apprécier à sa juste valeur : cinématographiquement.

La fin du monde est un vrai fantasme pour le cinéma. Excitant. Les entrailles de la Terre qui se déchirent. Un orage de grêle qui couvre le désert australien. Et une pluie noire s’abat sur le Japon alors que le malin ouvre son sabbat apocalyptique à New York. Les éclairs électromagnétiques ont libéré les engins de mort extra-terrestres et d’étranges virus commencent à se propager de façon inquiétante. Une énorme vague, suivie d’un grand froid, menace de balayer la planète. Mais c’est la bombe qui frappe la première. Un grand blanc. Un champignon. Et plus rien. Des survivants. Contaminés. Des épargnés, esseulés, qui se regroupent, qui recommencent comme avant. Rien n’a changé.
Les films de fin du monde forment une sorte de sous-genre du film catastrophe. Une menace pour l’humanité toute entière, la panique, la destruction, le chaos. Un sous-genre qui fonctionne au frisson. Sur un accord tacite avec le spectateur : le cinéma exploite une menace bien réelle et le spectateur vient jouer à se faire peur de cette menace qui l’effraie dans la vie réelle. À la fois un exorcisme et un divertissement. Un spectacle où l’on va voir l’inimaginable. Et s’en repaître. Un divertissement comme on va chercher des sensations dans une attraction de fête foraine. D’abord un plaisir de spectateur que d’aucun associerait à du temps de cerveau disponible. Et pourquoi pas après tout. C’est aussi cela le cinéma, des films que l’on va voir pour leurs clichés et pour des scènes de chaos « bigger than life ».

Faut-il pour autant réduire la fin du monde cinématographique à ses effets spéciaux et sa débauche pyrotechnique ? On peut commencer par lui ajouter un point d’interrogation, « Fin du monde : ? ». Parce que la fameuse fin du monde que nous vend le cinéma n’en est jamais vraiment une. Ou on l’évite, ou il y a toujours des survivants. Elle n’est pas une fin en soi. La fin du monde pour le cinéma est souvent une manière d’allégorie pour parler de la société au présent, de la famille dans le cinéma hollywoodien (Le Jour d’après, La Guerre des mondes), de la déshumanisation (Kaïro), de l’ostracisme (Pluie noire), de la sexualité (Les Derniers Jours du monde). L’allégorie sera plus politique avec le cinéma européen (Malevil et l’opposition de deux formes de régime). Plus frontale aussi : la gestion gouvernementale d’une crise, ses faiblesses et ses dérives (La Bombe, La Maladie de Hambourg, 28 semaines plus tard).

Il faudra enfin y ajouter un « s » : Fins du monde. Parce que cette fin du monde, si elle n’en est jamais tout à fait une, est en revanche multiple. La conséquence d’une attaque nucléaire. Une invasion extra-terrestre. Une catastrophe sanitaire, type épidémie. Ou écologique. De même, elle prendra des formes cinématographiques différentes : fantastique (La Fin des temps, La Guerre des mondes), horreur (28 semaines plus tard, Kaïro), dramatique (Pluie noire), réaliste (La Maladie de Hambourg), ultra-réaliste (La Bombe), drôle (Les Derniers Jours du monde, ou La Fin des temps dans une autre mesure)… Sans parler de l’époque qu’elle traite ou à laquelle elle a été tournée : le danger et la peur d’une attaque nucléaire, des années 50 à la chute de l’Union soviétique ; la contagion virale (grippe A) et les catastrophes naturelles (réchauffement climatique) aujourd’hui. La fin du monde au cinéma est un signe. Les symptômes d’une société, et ses peurs, à un moment donné de l’Histoire.

Franck Lubet

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