Destiné aux journalistes et professionnels des média, l’espace presse propose des éléments rédactionnels (communiqués et dossiers de presse) et visuels (photos de films, portraits de cinéastes…) sur les programmations de la Cinémathèque. Ce type de matériel de presse est également disponible sur d’autres thèmes (restaurations, communication institutionnelle, etc.).
Pour obtenir les codes de cet espace professionnel : clarisse.rapp@lacinemathequedetoulouse.com
Fidèle à sa volonté de s’ouvrir à toutes les sensibilités musicales et cinématographiques, La Cinémathèque de Toulouse propose des ciné-concerts de styles très variés.
Au cœur de Toulouse le lieu de tous vos événements :


Conçu comme un espace de dialogue pédagogique et culturel, l’espace enseignants s’adresse aux professionnels de l’éducation.
Il leur permet de télécharger des documents, dont la brochure annuelle Activités éducatives et culturelles, et de remplir en ligne les demandes de projection dans le cadre de leur projet pédagogique.

Télécharger la brochure Activités éducatives et culturelles de la Cinémathèque de Toulouse.
Vous êtes enseignant, vous souhaitez intégrer le cinéma dans votre projet pédagogique et/ou suivre une formation. Remplissez le formulaire en ligne en cliquant sur le bouton ci-dessous pour connaître notre offre en la matière.

Suite de notre diptyque sur le cinéma indépendant américain commencé en mai dernier. Après l’effervescence de la première partie, qui courrait des années 1950 à la fin des années 1970, voici la reconnaissance qui a couru des années 1980 aux années 2000. Comment le cinéma indépendant, d’une éthique est devenu une esthétique. Et d’une esthétique, une étiquette. Comment ce qui était l’esthétique d’une économie de moyens est devenu une économie par le moyen de son esthétique. Bref, comment la marge est devenue un marché ; la faute à son succès.

1994 : Pulp Fiction remporte la Palme d’or au Festival de Cannes. Hué, Quentin Tarantino répond aux sifflets par un doigt d’honneur : la rock’n roll attitude que l’on peut attendre d’un indé. C’était la grande époque du cinéma indépendant. Son point d’orgue. Mais ce doigt d’honneur de 1994, ce sera aussi, dans les années qui ont suivi, celui de l’industrie à l’indépendance. Le cinéma indépendant est devenu bankable. Il y a un public pour ça. Alors les studios investissent dans ce nouveau label. Il entre en bourse. Les budgets augmentent considérablement. Alors on formate. Alors on le réduit à une recette, l’exemple parfait de cette nouvelle cuisine étant Will Hunting (1997) pensé, écrit et développé comme une machine à Oscars par deux jeunes petits malins inconnus : Matt Damon et Ben Affleck. Tarantino travaillait dans un vidéo-club quand il a écrit Reservoir Dogs, Kevin Smith, dans l’épicerie où a été tourné Clerks, alors pourquoi pas eux ? Le succès est à portée de main, il faut être malin. Le cinéma indépendant est une start-up. Et fort de ses succès justement, sous l’impulsion notamment de Miramax (la Major de l’indie qui s’est vendue à Disney en 1993), le cinéma indépendant est venu jouer dans la cour d’Hollywood. Il est devenu un tremplin, un marchepied pour Hollywood. Fini le Do It Yourself new-yorkais qui a fait sa renommée. Terminés les films tournés avec des copains sur un crédit pour acheter un ordinateur (Hal Hartley pour L’Incroyable Vérité en 1989). Désormais ce qui était le budget d’un film indé du début des années 80 suffit tout juste à payer la consommation de soda d’Harvey Weinstein (le patron de Miramax jusqu’en 2005). Désormais le cinéma indé est un train en marche dans lequel on saute pour gagner la côte Ouest. Ce sera son talon d’Achille, n’être plus indépendant que de nom, attaché à son label comme à un slogan publicitaire dans les années 2000. Primé à Sundance. Une étiquette. Un produit marketing pour toucher une certaine marge, mais la plus large possible. Le cinéma indépendant n’est plus une alternative à Hollywood, il en est une branche, économiquement, et pour les acteurs, un moyen d’y parvenir. Une bulle comme on dit d’internet ou de l’immobilier, que la spéculation a depuis crevée.
1984-1994, de Stranger than Paradise à Pulp Fiction, ou l’âge d’or du cinéma indé américain.
Bien entendu, comme toute généralité, une telle affirmation n’est pas tout à fait juste. Le cinéma indépendant américain a perduré. Il est même en train de renaître, qualitativement, depuis le retrait progressif des Majors et des fonds d’investissement dans son financement, et l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes new-yorkais épris de liberté et élevés au DIY (le Do It Yourself, ou faites-le vous-même) : Ronald Bronstein, les frères Safdie, Ramin Bahrani… (voir le numéro de septembre 2011 des Cahiers du cinéma). Un nouveau ciné indé, indépendant de Sundance ?… à suivre.

Reste cette période, 1984-1994, 80/90 pour être plus large, âge d’or d’un cinéma indépendant tout feu tout flamme. On l’a vu précédemment, les années 60/70 ont été un creuset, un laboratoire. Le cinéma de genre, l’underground et l’expérimental s’y côtoyaient. On pouvait passer de Kenneth Anger à Cassavetes. Ce labo a fait école. La génération des années 80 en a fait un genre à part entière en parvenant à une forme totalement aboutie. Et quand on dit « Cinéma indépendant », c’est à elle que l’on pense : Jim Jarmusch, Hal Hartley, Spike Lee, Gus Van Sant, Kevin Smith, Larry Clark, David Lynch, les frères Coen, Abel Ferrara, Quentin Tarantino… On énumère ces noms et on voit que l’hétérogénéité des années 60/70 n’a pas disparu. Les années 80 l’ont labellisée (Sundance n’y est pas étranger ; reconnaissons ses qualités comme ses limites). Et pour toute une génération qui a grandi avec le cinéma dans les années 80/90, le cinéma indé a été une idée de cinéma autrement, un espace de liberté et de contre-culture. L’équivalent de ce qu’a pu être la Nouvelle Vague pour les jeunes cinéphiles des années 60, une bannière sous laquelle se retrouver. Un terrain de chasse pour de nouveaux auteurs que rien ne rassemble sinon le désir commun de faire des films personnels, dans la forme et le contenu. Une époque de désir et de curiosité où l’on allait au cinéma comme on achetait des disques (les labels indépendants de musique explosaient au même moment) : avide de découverte et de se prendre une claque. Au vu de cette programmation ce sont des paires de claques qui remontent aux joues. Elles n’ont rien perdu de leur feu.
Franck Lubet
Fin du monde, c’est bien évidemment cette fin du monde annoncée pour 2012. Le 21 décembre 2012 pour être précis ; selon le calendrier maya. Avec le décalage horaire, sous nos latitudes, ce devrait être le 22, toujours pour être précis. Même s’il se pourrait que ce soit le 12 décembre (selon d’autres sources dont vous comprendrez qu’on les taise). Y consacrer une programmation dès le mois de janvier, c’est se laisser le temps de la voir venir, d’y réfléchir et de s’y préparer. Parce qu’en décembre, si l’on n’a pas encore rejoint les extra-terrestres sur le mont Bugarach dans l’Aude, on risque d’avoir d’autres soucis que d’aller au cinéma. Bref, la fin du monde de décembre en janvier, c’est une manière de commencer l’année par la fin, par un pied de nez, de s’amuser de cette récurrente fin du monde, mais surtout de s’accorder le temps de l’apprécier à sa juste valeur : cinématographiquement.

La fin du monde est un vrai fantasme pour le cinéma. Excitant. Les entrailles de la Terre qui se déchirent. Un orage de grêle qui couvre le désert australien. Et une pluie noire s’abat sur le Japon alors que le malin ouvre son sabbat apocalyptique à New York. Les éclairs électromagnétiques ont libéré les engins de mort extra-terrestres et d’étranges virus commencent à se propager de façon inquiétante. Une énorme vague, suivie d’un grand froid, menace de balayer la planète. Mais c’est la bombe qui frappe la première. Un grand blanc. Un champignon. Et plus rien. Des survivants. Contaminés. Des épargnés, esseulés, qui se regroupent, qui recommencent comme avant. Rien n’a changé.
Les films de fin du monde forment une sorte de sous-genre du film catastrophe. Une menace pour l’humanité toute entière, la panique, la destruction, le chaos. Un sous-genre qui fonctionne au frisson. Sur un accord tacite avec le spectateur : le cinéma exploite une menace bien réelle et le spectateur vient jouer à se faire peur de cette menace qui l’effraie dans la vie réelle. À la fois un exorcisme et un divertissement. Un spectacle où l’on va voir l’inimaginable. Et s’en repaître. Un divertissement comme on va chercher des sensations dans une attraction de fête foraine. D’abord un plaisir de spectateur que d’aucun associerait à du temps de cerveau disponible. Et pourquoi pas après tout. C’est aussi cela le cinéma, des films que l’on va voir pour leurs clichés et pour des scènes de chaos « bigger than life ».

Faut-il pour autant réduire la fin du monde cinématographique à ses effets spéciaux et sa débauche pyrotechnique ? On peut commencer par lui ajouter un point d’interrogation, « Fin du monde : ? ». Parce que la fameuse fin du monde que nous vend le cinéma n’en est jamais vraiment une. Ou on l’évite, ou il y a toujours des survivants. Elle n’est pas une fin en soi. La fin du monde pour le cinéma est souvent une manière d’allégorie pour parler de la société au présent, de la famille dans le cinéma hollywoodien (Le Jour d’après, La Guerre des mondes), de la déshumanisation (Kaïro), de l’ostracisme (Pluie noire), de la sexualité (Les Derniers Jours du monde). L’allégorie sera plus politique avec le cinéma européen (Malevil et l’opposition de deux formes de régime). Plus frontale aussi : la gestion gouvernementale d’une crise, ses faiblesses et ses dérives (La Bombe, La Maladie de Hambourg, 28 semaines plus tard).
Il faudra enfin y ajouter un « s » : Fins du monde. Parce que cette fin du monde, si elle n’en est jamais tout à fait une, est en revanche multiple. La conséquence d’une attaque nucléaire. Une invasion extra-terrestre. Une catastrophe sanitaire, type épidémie. Ou écologique. De même, elle prendra des formes cinématographiques différentes : fantastique (La Fin des temps, La Guerre des mondes), horreur (28 semaines plus tard, Kaïro), dramatique (Pluie noire), réaliste (La Maladie de Hambourg), ultra-réaliste (La Bombe), drôle (Les Derniers Jours du monde, ou La Fin des temps dans une autre mesure)… Sans parler de l’époque qu’elle traite ou à laquelle elle a été tournée : le danger et la peur d’une attaque nucléaire, des années 50 à la chute de l’Union soviétique ; la contagion virale (grippe A) et les catastrophes naturelles (réchauffement climatique) aujourd’hui. La fin du monde au cinéma est un signe. Les symptômes d’une société, et ses peurs, à un moment donné de l’Histoire.
Franck Lubet
L’hôpital et ses fantasmes
Allez, allez… Allez Mesdames et Messieurs… Osez L’hôpital et ses fantasmes. Allez, allez… laissez-vous tenter par l’attraction la plus impressionnante du moment. Hardis, messieurs dames. Osez pénétrer dans l’inquiétante clinique d’Extrême Cinéma. Passez le rideau, traversez l’écran… Vous attendent le bizarre, l’inattendu… la violence, le sexe… et la poésie. Oui, messieurs dames, de la poésie et de l’horreur. La poésie de l’horreur. L’horreur de la poésie. Du morbide, du comique, du parodique et du po… litique. Il y en aura pour tous les goûts. Il y en aura pour tous. De la pédiatrie, de la gériatrie, de la chirurgie, de la gynécologie. Et de la psychiatrie. Tout ce qu’il faut pour traiter vos rétines malades.

Allez messieurs, emmenez votre dame frissonner dans vos bras. Allez mesdames, emmenez votre homme voir s’il en est vraiment un. Venez déambuler dans nos services spécialisés. Laissez-vous surprendre par une caresse de caoutchouc ganté, laissez-vous ausculter par un stéthoscope fiévreux. Allez, allez… Humez donc la bonne odeur du dispensaire de l’indispensable. Le seul hôpital où l’on entre sain de corps et d’esprit et d’où l’on ressort sous perfusion, un scalpel planté dans l’œil. Un hôpital comme une attraction foraine. Un cinéma hospitalier hanté par des fantasmes en blouse blanche. Vous y croiserez tous les fantasmes médicaux qui ont nourri le cinéma. À moins que ce ne soit le cinéma qui a fantasmé le milieu médical. On ne sait plus très bien. Reste seulement cette radiographie du corps médical. Et l’on a beau la tourner dans tous les sens, la regarder à travers tous les genres, elle révèle le désir urgent de poser le doigt là où ça fait mal, d’appuyer là où ça fait rire, de clamper là où ça fait plaisir. Et qu’on ne vienne pas nous dire que l’hôpital se fout de la charité.
Extrême Cinéma
À la rencontre de John Doe. John Doe, c’est le Monsieur Toutlemonde américain. Monsieur Dupond, Monsieur Smith. C’est tout le monde et personne. L’anonyme, l’inconnu. C’est la star de Frank Capra. Qu’il ait les traits de Gary Cooper ou de James Stewart, il est la véritable vedette des films de Capra. John Doe, c’est Monsieur Smith et Monsieur Deeds, c’est Long John Willoughby, l’homme de la rue, le laissé-pour-compte et l’Américain moyen. Naïf et idéaliste, moral et humaniste, qu’il vienne de la rue ou soit patron, qu’il aille au Sénat ou fasse fortune, il est l’incarnation de l’idéal américain selon Capra. Incorruptible, patriote, philanthrope. Humain. Il est le porte-parole de Capra et Capra, son porte-parole. Ce personnage type, souvent provincial, sera confronté au cynisme, à la corruption, à l’affairisme. Une sorte de Candide, qui à la différence du personnage de Voltaire ne sera pas déniaisé par le monde mais l’influencera positivement. C’est le cinéma social, de la comédie au drame, qui a fait la renommée de Capra. Un brin populiste et manichéen, mais peut-être bien moins innocent qu’il n’y paraît au premier abord. C’est le grand cinéma américain des années 30. La crise de 1929, ses répercussions sur la société, et une foi inébranlable en l’Amérique et ses valeurs. Ce qu’on a appelé la « Capra Touch » : Lady for a Day, L’Extravagant Mr. Deeds, La Ruée, Monsieur Smith au Sénat, L’Homme de la rue, La Vie est belle.

Ce John Doe, c’est aussi Capra lui-même. Le fils d’immigrés italiens, venu de Sicile à l’âge de six ans avec toute la famille. Le gamin parti de rien qui deviendra un des réalisateurs les plus puissants d’Hollywood, connu du grand public à une époque où seules les stars, actrices et acteurs, retenaient l’attention. L’exemple type de la réussite que vend le rêve américain. Capra est venu au cinéma par hasard (pas tout à fait par hasard en réalité), comme on cherche du travail ; n’importe lequel pourvu qu’il apporte un toit et de quoi manger. Il a en poche un diplôme d’ingénieur chimiste et des années de petits boulots et de vagabondage, quand il dirige son premier film, au culot, un court métrage pour Walter Montague en 1921. Mais il ne persiste pas et poursuit son apprentissage du cinéma en travaillant dans un labo, avant de devenir accessoiriste, monteur, puis gagman et d’atterrir à la Keystone de Mack Sennett en 1925. C’est la rencontre avec Harry Langdon dont il fera une star. L’Athlète incomplet sera son deuxième film, suivi de Sa dernière culotte. Mais Langdon se prend pour Chaplin et, ne supportant plus d’être dirigé, le vire. Une traversée du désert et deux films ratés plus tard, sa carrière prend un tour capraesque, quand Harry Cohn, patron de la Columbia l’engage, non pas pour son talent mais parce qu’il est le premier sur la liste de réalisateurs au chômage. La Columbia est alors un studio minable, sans moyens, mais constitué de gens de talents habitués au système D. So This Is Love, Bessie à Broadway, Capra signe d’emblée des succès. On est en 1928 et il restera lié à la Columbia jusqu’en 1940, passant au parlant, peaufinant ce qui sera sa « touch » et glanant trois Oscars de meilleur réalisateur. La guerre le verra rejoindre le Photo Signal Detachment pour lequel il dirigera la série Why We Fight, série de films de propagande dont beaucoup réalisés à partir des propres films de propagande nazis ou japonais pour en montrer la menace. Le Capra patriote parle et, la guerre finie, il a encore des choses à dire (La Vie est belle, L’Enjeu), mais il ne parviendra jamais à reconquérir son public d’avant-guerre et cessera toute activité cinématographique dans les années 60, ne pouvant plus faire les films qu’il voudrait, bien qu’auréolé de prestige et couvert de récompenses. Hollywood n’a plus rien à voir avec celui qu’il a, et qui l’a, consacré. Il meurt en 1991, presque trente ans après son dernier film.

Une success story qui passe par un dernier John Doe : le spectateur. « Je découvris, disait-il quand il travaillait encore dans un laboratoire dans les années 20, un autre principe du divertissement : ce qui intéresse le plus les gens, ce sont les gens. » Et il accordera toujours autant d’importance, si ce n’est plus, à ce que disent les spectateurs qu’à ce qu’écrivent les critiques. Capra cherchera toujours le succès, les Oscars, mais surtout le succès public. En cela il est le Spielberg des années 30, un auteur complètement fondu dans le système hollywoodien et rompu aux recettes du succès. Un auteur qui fait des films sur l’Américain moyen pour l’Américain moyen. Un auteur qui a sa « touch », reconnaissable entre toutes, et ses thématiques récurrentes, mais qui ne perd jamais de vue qu’un film doit avant tout être du spectacle (le message n’en passera que mieux) et qui a un sens inné du divertissement. Ce qui fait son intemporalité.
Franck Lubet
En est-il du cinéma comme de la cuisine ? Des ingrédients disparates associés, des recettes que l’on suit à la lettre ou que l’on rajuste, une pincée de sel par-ci, une de poivre par-là, un voyage des sens… Alors oui, de la cocotte à l’assiette, des fourneaux à la table, de la salle de montage au grand écran, le cinéma est une cuisine et le film un plat. Mais comme, par analogie, il pourrait être couture ou maçonnerie ; ou tout autre corps de métier lié à la construction et l’assemblage, à travers lequel on filerait une métaphore du processus de création filmique.

Qu’en est-il donc du cinéma et de la cuisine ? Une spécificité ? Certainement pas un genre en tout cas. Elle est pourtant un élément récurent du cinéma, que des films lui soient entièrement consacrés, qu’elle soit présente au détour d’une séquence, ou qu’elle constitue même le pivot d’une scène. Il ne viendrait pas à l’idée, par exemple, de qualifier Le Parrain de film culinaire. Il contient pourtant au moins deux ou trois scènes de cuisine importantes : la recette de la sauce des spaghettis dans le premier opus, la réalisation de cette même recette à un moment critique dans le deuxième, ou encore l’art du doigté sensuel pour rouler les gnocchis dans le troisième. Ce n’est pas la cuisine en elle-même qui est mise en valeur ici, c’est la culture sicilienne. La cuisine est culturelle. On la croisera donc fréquemment comme élément scénaristique, parce qu’elle participe de la mise en place d’un cadre, culturel, social ou familial. Parce que préparer à manger et manger sont un signe commun et intelligible par tout spectateur.
Mais la cuisine, le lieu d’abord, et ses dépendances (la salle à manger ou la salle de restaurant), sont aussi mise en scène. Dans le sens où elles participent de la mise en scène. Non plus seulement comme cadre nécessaire à l’histoire, mais comme espace dramaturgique ou élément de tension dramatique. On connaît par exemple l’importance de la nourriture et des tablées dans le cinéma de Chabrol. On y retrouve des codes, comme des signes linguistiques, qui régissent la scène et fonctionnent à la fois comme un sous-texte complémentaire au dialogue et des non-dits révélateurs. La mise en scène autour de la nourriture chez Chabrol pourrait à elle seule faire l’objet d’une programmation. Mais sans aller jusque-là, on trouvera des films qui s’approprient ces lieux disons au premier degré. Le restaurant comme espace comique : La Cuisine au beurre, Le Grand Restaurant, Le Festin chinois, Ratatouille. Le restaurant comme espace choral : Au Petit Marguéry, Le Dîner. La brasserie comme prolongement du portrait d’un personnage garçon de café ou, inversement, l’histoire d’un personnage garçon de café comme véhicule du portrait d’une brasserie : La mise en scène de ces lieux sera néanmoins assujettie au choix, prédominant, du genre dans lequel ils seront traités. Pour une comédie on creusera le potentiel comique de cet espace, pour un film choral on exploitera la circulation qu’il offre, et ainsi de suite. Cela n’empêchera pas toutefois de remarquer qu’un autre rapport, qui dépasse le cinéma et s’impose à lui, se joue plus généralement entre la cuisine et la salle à manger ou de restaurant. Un passe-plat les lie, mais il s’agit bien de deux espaces distincts. La cuisine : les coulisses ; la salle : la scène. Voire l’envers d’un même décor qui s’oppose et s’associe. La salle comme un espace diplomatique. La cuisine comme espace martial, appuyé par son vocabulaire spécifique (le chef, la batterie de cuisine, le coup de feu…). Paradoxalement la salle apparaîtra davantage comme un champ de bataille, alors que la cuisine fera office de poche de résistance (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, Vatel, Ratatouille, Les Épices de la passion). De là, un autre rapport, lié à une hiérarchie, et qui se joue à la fois entre ces deux espaces et à l’intérieur de chacun : un rapport de classes ; entre le serveur et le chef de rang, entre le serveur et le client, entre le chef de rang et le chef, entre le chef et le marmiton, entre la bonne et la maîtresse de maison…

La cuisine, enfin, et la nourriture, l’art de marier les aliments, sont également mise en scène. Ou en tout cas posent des questions de mise en scène. Non plus le lieu, mais ce qui est, sera, dans l’assiette. Deux approches. Intellectuelle et politique d’abord (Genèse d’un repas, La Grande Bouffe). Sensitive ensuite. L’érotisation de la nourriture par exemple : Tampopo, Salé sucré, Les Épices de la passion. Mais la question principale reste : comment toucher les papilles avec les armes du cinéma ? Comment le cinéma peut-il rendre ce qui relève du goût et de l’odorat en s’adressant à la vue et à l’ouïe ? Avec le son, s’amusant même à prêter à la cuisine des sonorités de film de kung-fu (Le Festin chinois). Par le dialogue – l’envie, pour la gastronomie comme pour le cinéma, étant souvent suscitée par la parole. Par l’image surtout, par les cadrages et la lumière, la composition et la couleur. Et là, c’est de la peinture que s’inspire le cinéma, des natures mortes et de la peinture flamande, davantage que de la photographie type « livre de recettes » (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, Le Festin de Babette, Vatel). On pourrait croire alors que le goût passe par la vue. Une histoire de(s) sens ou de transgression des sens. Elle est avant tout une affaire de fantasmes. Une vue de l’esprit qui, si elle ne remplit pas le ventre, ouvre l’appétit.
Franck Lubet
Notre histoire  ı  Visite guidée  ı  Partenaires  ı  Infos pratiques  ı  Lettre d'information  ı  RSS
Contacts  ı  Espace presse  ı  Mentions légales
– Événements et rencontres
La production en Midi-Pyrénées
– Saison de ciné-concerts
– Festivals
– Collections
– Accueil
– Collections conservées à la Cinémathèque
– Enrichissements des collections
Collecte consacrée à l'immigration en France
– Le centre de conservation
et de recherche
La restauration à la Cinémathèque
– Expositions
– Bibliothèque
– Cinéfolie
– Vidéos
– Collections numérisées
– Accueil
– Projet cinéma français des années 20
– Boutique



