La restauration à la Cinémathèque

Le paradoxe du conservateur

Comme toute grande archive cinématographique, La Cinémathèque de Toulouse ne reste pas immobile face à l’inexorable dégradation des collections film. Rappelons en effet qu’une cinémathèque ne déroge pas aux règles qui s’imposent aux bibliothèques comme aux musées : plus les collections sont connues, plus elles sont consultées, plus elles sont déplacées, plus elles s’abîment. C’est le paradoxe du conservateur qui – avec la meilleure volonté du monde – doit rendre accessible au plus large public les collections, tout en sachant que cette accessibilité ne peut que nuire à leur bonne conservation.

Fort heureusement, le temps des « dragons qui veillent sur nos trésors », celui d’Henri Langlois à la Cinémathèque française, est bien révolu. Parce qu’une cinémathèque est par nature un lieu de diffusion du spectacle cinématographique, la restauration est une nécessité. Mais une nécessité bien onéreuse, qui induit des choix parfois déchirants…


La sélectivité est donc une règle d’or et elle s’applique aussi bien aux films qu’au papier, puisque la Cinémathèque a entrepris depuis le début de l’année 2007 de restaurer progressivement son fonds d’affiches anciennes.
Seules les affiches qui ne sont conservées ni à la Cinémathèque française ni à la Bibliothèque nationale de France bénéficient donc d’un traitement de faveur : dépoussiérage, gommage, désacidification, comblement des lacunes avec du papier japon, et si l’affiche s’avère particulièrement fragile, entoilage de l’ensemble.

Ce chantier de longue haleine qui se double d’une numérisation systématique des documents après restauration ne concerne que quelques unités par an. Il permet toutefois de redonner vie à des trésors engloutis comme cette affiche originale de L’Argent de Marcel L’Herbier (1928). Cette pièce tout à fait unique est en effet la seule qui subsiste du matériel promotionnel édité au moment de la sortie de ce film essentiel pour le cinéma français.


Si la restauration des documents papier peut obéir à des règles relativement simples, tel n’est pas le cas des films. En effet, décider d’une restauration d’un long comme d’un court-métrage déclenche une série d’opérations aussi délicates, aussi longues et aussi coûteuses les unes que les autres. Passons sur la nécessaire documentation relative au film – scénario, dossier de production, dossier de censure, partition musicale, photographies de plateau, liste d’intertitres, coupures de presse – sans laquelle il n’est pas de restauration possible, il convient ensuite d’analyser le matériel à notre disposition – état de la copie, comparaison éventuelle avec d’autres copies – puis de se lancer dans la restauration proprement dite.











C’est l’itinéraire que nous avons suivi pour Verdun, visions d’histoire en 2006, comme pour La Vendeuse de Cigarettes du Mosselprom en 2007. Les premières étapes sont effectuées au Centre de conservation, l’aspect technique du travail est ensuite confié à un laboratoire spécialisé avec lequel nous sommes en relation constante. Il faut alors réparer la copie d’origine,souvent perforation par perforation, afin d’établir ce que l’on appelle un contretype négatif ou « internégatif », un élément de tirage neuf. Pour que ce dernier soit propre, on procède à de nombreux ajustements qui permettent de pallier les défauts les plus visibles du film. Ainsi, La Vendeuse de Cigarettes du Mosselprom présentait un « inter-image » très gênant, ce qui signifie que les photogrammes du film avaient tendance à se chevaucher, empêchant une bonne lisibilité de chaque plan. Il a donc fallu zoomer légèrement sur le cadre pour éliminer ce problème. Enfin, le film est « étalonné » avant tirage d’une copie positive ; chaque plan est examiné à la loupe pour tenter d’y rétablir les contrastes et la luminosité caractéristiques de son époque. Il ne reste plus – si l’on ose dire – qu’à vérifier les intertitres, un par un, quitte à reconstituer ceux dont l’absence nuirait à la compréhension de l’histoire, en s’appuyant sur le scénario ou encore sur la partition musicale.


À ces opérations lourdes, que seul l’appui des mécènes rend possible, s’ajoute un travail systématique d’exploration des fonds les plus enclins à se détériorer. Depuis le début des années 1990 en effet, la Cinémathèque a progressivement déposé aux Archives françaises du film de Bois-d’Arcy l’ensemble de ses collections nitrate, soit plus de 2000 films, dont la caractéristique est de se décomposer inexorablement. Certains d’entre eux ont été identifiés comme uniques dans les collections françaises, uniques c’est-à-dire que la seule copie subsistante en l’état actuel des connaissances provient de la Cinémathèque de Toulouse. Grâce au plan national de sauvegarde des films anciens, ce sont près de 300 titres issus de nos collections qui ont fait l’objet d’un nouveau tirage en une quinzaine d’années. Chaque année, une trentaine de films sont proposés à la restauration en commission nationale du patrimoine cinématographique.











C’est dans cet ensemble que l’on trouve les films les plus anciens et par conséquent les plus rares de la Cinémathèque, comme ce Guillaume Tell de 1903 ou ces Frères Laure, magnifique petit film d’acrobates (en couleurs !) de 1902, mais aussi ceux qui ont disparu corps et biens jusque dans leur pays d’origine, à l’instar de nombreux petits westerns américains des années 10 et 20 qui posent les jalons de genre. Tel est le cas de L’Éclaireur du Far West (Go West, Young Man !) d’Harry Beaumont (1918). Qu’il s’agisse de grands ou de petits films, de fiction ou non (rappelons que la Cinémathèque a restauré en 2006-2007 quatorze documentaires muets relatifs à la région), une restauration a toujours le même objectif : restituer au public des images jusqu’alors inaccessibles. C’est alors que se rejoue le paradoxe du conservateur…

Christophe Gauthier · Juin 2009.


Visuels : Emmanuel Grimault, 2009, DR. La Vendeuse de cigarettes du Mosselprom de Iouri Jeliabouski, L’Éclaireur du Far West d’Harry Beaumont.

Les services proposés
au public

Les prestations réalisées par nos services :
- recherche documentaire en bibliothèque : sur demande, prestation payante en cas de recherche à distance.
- reproduction de documents (photographies, affiches), dans le respect de la législation sur le droit d’auteur. Prestation payante.
- réalisation de photogrammes d’après des copies conservées par la Cinémathèque dans le respect de la législation sur le droit d’auteur. La reproduction fait l’objet d’une convention. Prestation payante.
- consultation de films : sur rendez-vous.
- transferts de films : dans le respect de la législation sur le droit d’auteur, c’est-à-dire avec l’autorisation préalable des ayant-droits. Convention avec le demandeur et avec l’ayant-droit. Prestation payante.


Mise à disposition d’expositions : sur demande (au minimum 4 mois à l’avance). Convention avec le demandeur, tarification.


Mise à disposition de films : dans le cadre de la FIAF, ou dans le cadre d’une convention avec certains festivals. Les copies uniques conservées à la Cinémathèque de Toulouse sont exclues de cette mise à disposition pour raisons de conservation. La sortie de copie s’effectue dans le respect de la législation sur le droit d’auteur, c’est-à-dire avec l’autorisation préalable des ayant-droits. Les demandes doivent être adressées au minimum deux mois avant la projection. La sortie de copie fait l’objet d’une convention. La vérification des films est payante. Les frais d’assurance et de transport sont à la la charge du demandeur.


Toutes les demandes (consultation, reproduction, mise à disposition) doivent être adressées par écrit, de préférence par :
Mail : conservation@lacinematheque
detoulouse.com

Fax : 05 62 71 92 90

Les demandes par téléphone ne peuvent être prises en compte.