De La Grande Illusion à Jean Renoir

5 mars > 10 avril | Hall de la Cinémathèque

Lorsqu’au début de l’année 1937 Jean Renoir commence le tournage de La Grande Illusion, il a quarante-deux ans et dix-huit films à son actif. Ce sera son premier « film-somme ». D’autres suivront (La Règle du jeu, Le Carrosse d’or, French Cancan…), mais celui-ci fait la synthèse de bien des expériences de Renoir où s’entrelacent l’autobiographie, la culture d’un homme né au XIXe siècle, le sens de l’Histoire (la grande) et des histoires (celles qui font les films).

L’on y décèlera donc tour à tour le souvenir de la Première Guerre mondiale, vécue dans la cavalerie (arme de Pierre Fresnay / Boeldieu dans le film) puis l’aviation (celle de Jean Gabin / Maréchal qui – dit-on – endossa l’uniforme de Renoir lui-même), expérience dont l’écho plus assourdi se fera entendre à nouveau dans Le Caporal épinglé, vingt cinq ans plus tard ; sa passion pour le théâtre, un théâtre populaire et non compassé, aux confins du music-hall et du caf’-conc’ de son enfance (le spectacle représenté dans l’Oflag), objet de son ultime film, Le Petit Théâtre de Jean Renoir ; sa perception caractéristique d’un microcosme qui est une société française en réduction (le groupe de prisonniers de la première partie du film). Il n’est pas jusqu’aux grandes étendues de neige de la dernière partie du film, pendant l’évasion de Maréchal et Rosenthal, qui n’évoquent l’une des grandes tentatives picturales de la fin du XIXe siècle, la restitution de la couleur blanche, inscrite dans l’aventure impressionniste, dont Renoir fils revendiqua maintes fois l’héritage (dès La Fille de l’eau en 1924 jusqu’au Déjeuner sur l’herbe en 1959), lui dont le père fut l’un des plus célèbres peintres français.
C’est donc à un portrait en creux de Jean Renoir qu’invite La Grande Illusion, portrait rendu possible grâce aux collections de la Cinémathèque de Toulouse que sont venues dernièrement compléter les très riches archives renoiriennes de Guy Cavagnac. Sans cet ensemble exceptionnel, et sans la générosité de Guy Cavagnac, nous n’aurions pu imaginer une telle exposition ; qu’il en soit ici remercié.

Christophe Gauthier

Prochainement sur votre écran : la fin du monde

3 janvier > 4 mars 2012

Depuis la grande peur du cataclysme nucléaire dans les années 50, le film d’apocalypse a été érigé en genre à part entière, que l’affiche doit rendre immédiatement reconnaissable. Si le champignon atomique est un signe iconographique qui se suffit à lui-même, couramment utilisé et dont nous ne présentons ici qu’un exemple (Le Jour d’après de Nicholas Meyer), le paysage vitrifié de Malevil n’en est pas moins parlant ; le récit s’y noue dans les conséquences imprévisibles de la catastrophe et non au moment de l’explosion qui n’est que le point d’amorce du film.

Mais dans l’art plus récent de l’affiche, le 11 septembre 2001 a largement contribué à faire évoluer tant le genre que sa représentation publicitaire. Aux représentations spectaculaires et très descriptives des années 70 (La Fin du monde, Les Survivants de la fin du monde) se sont en effet substituées des aurores sépulcrales où le globe terrestre (figure métonymique des États-Unis) est menacé, de vastes champs de ruines où ce que l’on reconnaît de l’Amérique disparaît sous une épaisse poussière (Je suis une légende) qui n’est pas sans évoquer celle des Twin Towers après leur effondrement.
Ces affiches des années 2000 peuvent donc être regardées comme un ensemble homogène, marqué par l’absence de silhouettes humaines (sauf lorsque le distributeur juge nécessaire d’y apposer une représentation de la vedette principale ; Bruce Willis dans Armageddon par exemple), où l’emporte la pénombre, et dont la présence d’objets du quotidien (la Statue de la Liberté, le pont de Brooklyn, et surtout les véhicules abandonnés de Phénomènes) vise à ce que le spectateur soit dominé non par la peur, mais par un sentiment d’inquiétante étrangeté qui suscite le désir d’aller y voir de plus près.

Christophe Gauthier

Une exposition conçue par le département des collections de la Cinémathèque de Toulouse

Mise à disposition d’expositions

Sur demande (au minimum 4 mois à l’avance). Convention avec le demandeur, tarification.


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