Une idée originale pour fêter l’anniversaire de votre enfant : la Cinémathèque de Toulouse

Pour marquer l’événement, La Cinémathèque de Toulouse a conçu une formule adaptée le samedi ou le dimanche après-midi : venez faire découvrir un film proposé par la Cinémathèque Junior à votre enfant et à ses invités.

- Deux places gratuites pour l’enfant dont c’est l’anniversaire et pour l’adulte accompagnateur (pour les autres participants, la place est à 3 € par enfant et 6 € par adulte),
- accès au lieu et mise à disposition de l’espace bar (frigo…) pour entreposer et préparer le goûter,
- accès prioritaire à la salle et place réservées,
- visite de la cabine de projection, avant ou après la séance, selon la disponibilité du projectionniste,
- mise à disposition des locaux de la Cinémathèque : hall ou grande cour, selon les conditions météo,
- boissons offertes (une bouteille de jus d’orange pour 5 enfants),
- des quizz sur le cinéma, adaptés à l’âge des enfants (un exemplaire par enfant).

Conditions :

- participation aux frais fixée à 15 € pour le groupe,
- âge minimum des enfants : 7 ans,
- réservation à partir du mercredi précédant la séance choisie. La réservation n’est valable qu’après règlement de la participation aux frais,
- au retrait des places, une personne de la Cinémathèque accueille le groupe ou l’adulte le représentant, propose une visite des locaux et précise les conditions d’organisation. La signature d’une décharge sera demandée à l’adulte accompagnateur,
- la Cinémathèque de Toulouse n’est pas responsable de l’organisation du goûter ni de son déroulement.

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Contact :
La Cinémathèque de Toulouse – Tél. : 05 62 30 30 10 – accueil@lacinemathequedetoulouse.com

Retour sur le festival Zoom Arrière | Femmes nouvelles, d'hier à aujourd'hui

Difficile de trouver un angle d’approche pour décrire l’ensemble des films présentés au festival Zoom Arrière. Une entrée serait pourtant possible : pourquoi pas celle de la femme ? Ou plutôt, de la modernité des femmes dont nous parlent les films?

En effet, si les stars sont aussi bien des hommes que des femmes, les personnages créés pour elles vont apporter un regard particulier sur la construction de nos représentations. En tant que personnes hors du commun, les stars se doivent de porter à l’écran des destins extraordinaires, ou porteurs de modèles radicalement nouveaux.

Ainsi, à travers la sélection du festival, on peut redécouvrir la façon dont se dessinent à l’écran les représentations de femmes fortes, émancipées, qui réussissent à s’élever au dessus des carcans de la société. On est bien loin d’une gente féminine cantonnée au second plan dans des rôles conformes. Ce sont de formidables personnages en avance sur leur temps que nous découvrons !

Ainsi, dès 1910, des bourgeoises de bonne famille brisent les tabous de l’époque pour s’évader avec des forains (l’Abîme, film danois d’Urban Gad). On découvre aussi des héroïnes qui prennent en main des opérations criminelles mieux que ne le font les cambrioleurs de Londres (1930, L’opéra de Quat’sous – Pabst).

Plus proche de nous, Center Stage nous montre la modernité des actrices des années 1930 qui doivent affronter les codes strictes d’une société impitoyable sur les mœurs. Et que dire de Femmes Nouvelles, (1935, Cai Chusheng) où les cris muets de Ruan Lingyu font encore frissonner l’audience. Sous les doigts de Michel Lehmann, le combat de jeunes filles contre des injustices (qui n’ont hélas pas pris une ride) sont saisissantes d’actualité !

Mais à travers tous les personnages incarnés avec panache par les stars de la première partie du XXe Siècle, ce sont surtout de formidables éloges rendus aux femmes et à leur influence que fait renaître la Cinémathèque. Il nous reste une semaine, une semaine pour entendre encore les messages que peuvent nous faire passer les stars comme Louise Brooks, Gloria Swanson, Ava Gardner, ou également leur fille spirituelle qu’est Maggie Cheung (à redécouvrir dans Clean, Irma Vep) et bien d’autres encore !

Yvain Bon

Regards pluriels sur Augustin, roi du kung fu d'Anne Fontaine (1998)

Les étudiants ont la parole

Le festival Zoom Arrière se donne comme priorité de partager le patrimoine cinématographique avec les jeunes. C’est dans cette perspective, et en collaboration avec le CROUS, que quatre étudiants ont pu bénéficier d’un atelier de découverte de la critique de cinéma autour du film Augustin, roi du kung fu d’Anne Fontaine dont ils nous livrent ici leur vision…

Non, non, ne vous inquiétez pas, ce film ne parle pas que d’arts martiaux. Car si Augustin aime le Kung Fu, plus que tout autre chose, il est encore bien loin d’en être le roi ! Mais pour ce grand dadais un peu naïf, l’« impossible n’est pas une chose impossible ».

Persuadé qu’il est bâti lui aussi pour une carrière de héros, notre Augustin Dos Santos (avec deux os s’il vous plaît) entreprend un voyage déconcertant qui le mène dans un petit coin de Chine parisienne. Si le dépaysement asiatique doit aider notre héros à réaliser son rêve, c’est surtout la rencontre avec des personnages hauts en couleurs qui va révéler la personnalité de ce Charlot à bicyclette.

C’est avec étonnement que surgissent à l’écran Maggie Cheung, discrète mais rayonnante dans son rôle d’acupunctrice exilée, et Darry Cowl, commerçant exubérant dans un petit bazar chinois. Avec eux, Augustin apprendra ce qu’est la vie et parviendra à surmonter les épreuves que lui soumet son ambitieuse quête du bonheur.

Dans cette comédie teintée de burlesque, Anne Fontaine a su réaliser le pari de l’équilibre entre tous ces personnages attachants, dans un univers où l’exotisme chinois, la sensibilité et la pudeur coexistent harmonieusement.

Laissez vous surprendre par la fantaisie de ce film qui ne manquera pas de vous faire rire et sourire !

Myriam Pinon, Yvain Bon, Camille Bosc et Laure Fraga

Les quatre étudiants accompagneront la programmation du festival et proposeront leur regard sur les manifestations et les films qu’ils y auront découverts. N’hésitez pas à consulter le bloc-notes du menu Zoom Arrière Junior.

Retour sur l’atelier « critiques en herbe »…

Nous vous proposons également de revenir sur l’atelier « critique en herbe » qui s’est déroulé les 16 et 17 février. Douze jeunes de 12-14 ans se sont initiés pendant deux jours à la critique de cinéma autour du film d’Anne Fontaine. Nous vous proposons d’en écouter un extrait ici.

Des extraits écrits de leurs critiques seront prochainement mis en ligne.

Retour sur Zoom Arrière 2010 : les étudiants ont la parole

Dans le cadre du Festival Zoom Arrière 2010, la Cinémathèque de Toulouse et le CROUS ont réuni des étudiants issus de parcours hétéroclites pour réaliser des critiques de films présentés dans le cadre du festival. Ce travail d’analyse critique mené en collaboration avec Patrice Chambon et le travail réalisé en amont donnent à réfléchir à la question de la critique de cinéma et à la diversité des regards posés sur les films de patrimoine aussi variés dans leur style que dans leur histoire. Une belle façon d’établir des passerelles entre le passé et le public d’aujourd’hui…

Nous présentons ici certaines des productions – collectives ou individuelles – réalisées par ces quatre étudiants : Laure Fraga, Myriam Pinon, Camille Bosc et Yvain Bon.

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Spectacle de lanterne magique présenté par Praximage

M. Binoclard sait y faire pour conter de vieilles histoires aux enfants, ça oui ! Avec l’aide de ses trois associés, ce cher M. Binoclard nous a fait remonter le temps : un petit zoom en arrière et hop ! Nous voilà transportés dans une époque où le cinéma n’existait pas, ou du moins, pas comme on se l’imagine maintenant. C’est là, au cœur du XIXe siècle, dans une ambiance de fête foraine, que nous avons pu revivre les grandes heures de la lanterne magique. Projection de plaques en verre peintes de mille couleurs, contes et ritournelles inoubliables : cette attraction ancienne présentée par l’association Praximage a attiré une foule de parents et d’enfants venus en nombre, conquis par l’originalité du spectacle… En haut de la salle, devant sa table peuplée de plaques fantastiques, la gardienne des lanternes attend le signal de ses compagnons pour actionner de ses petites mains le mécanisme magique de ses verres teintés. Une syllabe par-ci, une note musicale par-là, le spectacle des lumières peut enfin commencer. Guidés par la voix d’un bonimenteur un peu fou et par la mélodie de son musicien drolatique, les petits spectateurs écoutent et regardent les histoires qui naissent à l’écran. Des histoires terribles d’ogres et de monstres, mais aussi des histoires d’animaux et de cirque viennent envahir la salle de leurs vives couleurs. Ponctuées par les bruitages épatants de nos deux saltimbanques, ces histoires à la fois grotesques et poétiques s’animent par un jeu subtil d’apparitions/disparitions, de remplacements d’objets ou encore de mouvements des plaques. Il faut dire que les associés de M. Binoclard ont bien des tours dans leurs poches pour nous surprendre ! Ils ont même toute une panoplie d’instruments aussi bizarres les uns que les autres, des objets qu’on ne pourrait toucher – disent-ils – qu’ « avec les yeux »… La séance s’est d’ailleurs achevée sur ses mots, invitant toute une ribambelle d’enfants à venir toucher du regard les jolis appareils à musique, avant de quitter le XIXe siècle pour rentrer à la maison. De ces moments de joie, de peur et de rires intenses, enfants et parents en gardent sans doute un souvenir délirant.

M.P.

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« Eh bien non vous ne rêvez pas, approchez, approchez… le spectacle va commencer ! »

La Cinémathèque de Toulouse proposait en cet après-midi dominical (à 15h30 tapante, la salle était comble) une projection inédite et magique qui a réussi à faire briller les prunelles de tous les enfants et parents présents dans cette salle transformée pour l’occasion en une attraction foraine d’époque. Du haut de la salle, une magicienne se préparait à actionner méticuleusement une série de plaques de verre miroitantes et soudain… Un époustouflant bonimenteur, surgi de nulle part, accompagné d’un musicien-saltimbanque un peu loufoque nous a rapidement donné le « la » : nous étions le 7 mars 1896 et avions enclenché la machine à remonter le temps… Éteignez les lumières, petits et grands, attention ouvrez bien grandes vos oreilles et tatatam, roulements de tambour… Monsieur Binoclard a fait son entrée en piste sous nos yeux écarquillés… Abracadabra ! Par des mouvements d’apparitions/disparitions nous avons été hypnotisés par l’histoire de ces animaux tous aussi délirants les uns que les autres (un clin d’œil aux fables de Jean de la Fontaine), de cette panoplie d’ogres et de monstres aux airs drôles et sympathiques, le tout mêlé aux bruitages de ces deux gugusses toujours prêts à nous faire éclater de rire ! De la lanterne magique nous retiendrons un spectacle inoubliable, à cheval entre un numéro de cirque grandiloquent et un conte imaginaire, musical et poétique. Rappelons alors qu’au XIXe siècle, la lanterne magique servait à « éveiller le sens moral dans les consciences obscures » dans un seul but : divertir et instruire. Plus d’un siècle s’est écoulé et la lanterne magique remplit toujours aussi bien cette honorable mission. Sous un concert d’applaudissements, nous sommes sortis de la Cinémathèque avec des ritournelles qui évidemment nous trottaient encore dans la tête.

L.F.

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L’oiseau, une star de cinéma

Une tache d’encre sur une page blanche, quelques jets de couleur, une envolée d’images et des notes de musique… Il suffit de peu pour être plongé dans le jardin enchanté de l’enfance. Pour cette première séance de Zoom Arrière Junior, nos « amis ailés » étaient bel et bien à l’honneur. Qu’ils soient oiseaux de paradis, corbeaux, aigles ou moineaux, ces jolis volatiles nous ont dévoilé leurs multiples symboles, leurs plumes joyeuses et leur chant mélodieux à travers quatre courts métrages sélectionnés par Emmanuelle Devos, directrice de la Cinémathèque Robert Lynen de Paris. Les titres de ces quatre films en annoncent déjà la couleur. Commençons par les deux films plus « classiques » : Le Porte-plume de Marie-Christine Perrodin (France, 1988) – dédié de façon amusante à tous les cancres las mais jamais en panne d’inspiration –, nous révèle le destin imaginaire d’une tâche d’encre malencontreusement déposée sur la page blanche d’un cahier d’écolier. Puis, nous changeons de registre avec le film en noir & blanc Jeannot et les Oiseaux de Jerzy Has (Pologne, 1952) : tout en relatant l’histoire d’un jeune garçon qui met des oiseaux en cage, une voix moralisatrice nous transmet clairement un enseignement pédagogique encore très actuel (l’écologie, bien entendu !). Place ensuite aux deux films d’animation réalisés par l’Office National du Film du Canada. Il s’agit d’abord du Maître du ciel de Ludmila Zeman et Eugen Spaleny (Canada, 1993), une charmante parabole qui dépeint le quotidien d’un peuple amérindien vivant harmonieusement avec la nature jusqu’au jour où la négligence d’un petit enfant insouciant provoque la vengeance d’une flopée de corbeaux… Enfin, le dernier court métrage – et sans doute le plus poétique de tous – nous transporte littéralement vers un Paradis (film d’Ishu Patel, Canada, 1984) où les oiseaux et les fleurs se confondent dans une danse des couleurs envoûtantes. Sur un air de flûte de pan doux et mélancolique, le spectateur assiste à un voyage au cœur d’un paysage mythique dans lequel l’oiseau de feu déploie ses ailes en quête d’un bonheur éphémère. De quoi terminer la séance sur une explosion de plumes musicales… On retiendra alors une belle allégorie de la liberté et de l’égalité qui peut raviver chez certains le souvenir des belles paroles de Pierre Perret que l’on a sûrement tous fredonné un jour : Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux / Regardez-les s’envoler c’est beau / Les enfants si vous voyez / Des p’tits oiseaux prisonniers / Ouvrez-leur la porte vers la liberté…

L.F. et M.P.

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Le Secret d’Alta Rocca : « le muet prend la parole »

Ciné-concert de l’épisode 1 du film d’André Liabel (1922) dont les intertitres ont été réécrit lors d’un atelier mené en partenariat avec la Médiathèque de Tournefeuille.
Un défilé d’images au ton gris-jaune des « années folles », les notes épicées d’un accordéoniste et un scénario remis au goût du jour : quand le muet prend la parole, ce n’est pas sans provoquer d’agréables surprises. Dans cet épisode de ciné-roman, tous les ingrédients nécessaires à l’intrigue policière s’y trouvent : des conspirateurs venant de la mer, un latino richissime, un milliardaire un peu crédule, de jeunes premiers et jeunes filles en fleurs, sans oublier l’éternel bon détective… Si la version originelle est quelque peu saugrenue, l’histoire revisitée n’en est pas moins bizarre. Transposés dans les années 2220, dans un monde où domine la technologie, les hommes cohabitent avec des répliques qui leur ressemblent étrangement. Grâce à l’absorption d’un produit nommé « Révélox », ces répliques se dotent de sentiments. L’invention d’une recette plus puissante parviendra t-elle à développer davantage la sensibilité de ces robots avides d’humanité ? Le jeune scientifique parviendra-t-il à épouser Adèle, la petite humaine au cœur tendre ? Cette histoire, pleine d’humour et d’imagination, donne une saveur rafraîchissante à ce petit bijou muet. Et, malgré quelques intertitres parfois bavards, ce film revisité annonce une suite d’épisodes prometteurs… Une expérience qui nous a fait entendre le cinéma muet d’une toute autre oreille.

M.P.

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À propos du film Le Facteur sonne toujours deux fois de Tay Garnett (1946)

Fin des années 1930, début des années 1940. Frank Chambers, baroudeur dans l’âme, qui a toujours « les pieds qui le démangent » se fait engager dans une station-service sur la côte californienne. Il tombe immédiatement sous le charme irrésistible de Cora, interprétée par la sublime Lana Turner, la femme de son patron… Cependant, vivre une idylle amoureuse sous le nez du mari, même si ce bon vivant un peu naïf n’y voit que du feu, ne peut durer bien longtemps… Et puis Frank est un vagabond, alors que Cora est une femme trop distinguée et ambitieuse pour partir à l’aventure avec lui (d’ailleurs, ses escarpins et son tailleur sont bien trop blancs). Fuir n’est pas la solution : il va donc falloir songer à éliminer l’intrus… Attention, ne vous méprenez pas, ce film n’est pas seulement un thriller intégrant une histoire d’amour comme on a pu en voir des centaines. C’est surtout un film qui ne cesse de surprendre tant les rebondissements abondent, qui tient en haleine car on se demande comment Cora et Frank vont pouvoir vivre leur relation, qui nous mène sur une piste, nous perd, nous rattrape au détour d’une autre… Tout ceci est tout de même un peu confus et perturbant pour le spectateur, entraîné dans une avalanche de coups de théâtre qui s’enchaînent de plus en plus vite… Mais c’est là toute la complexité de l’adaptation de ce type de roman. Tay Garnett s’en sort malgré tout très bien, ce film est très agréable à suivre et il est impossible de s’ennuyer ne serait-ce qu’une seconde, car l’intrigue ne nous laisse pas un moment de répit.

C.B.

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À propos du film In the Mood for Love de Wong Kar-Wai (2000)

Hong Kong, 1962. M. Chow et Mme Chan emménagent chacun avec leurs conjoints dans des appartements voisins. Comme leurs époux respectifs sont souvent absents, M. Chow et Mme Chan comprennent rapidement qu’ils ont une liaison. Ils tentent ensemble de comprendre comment est né cet adultère, ce qui les rapproche de plus en plus… C’est sûrement une des plus belles histoires d’amour au cinéma. Maggie Cheung et Tony Leung sont deux acteurs d’une beauté éblouissante. Il n’ont pas besoin de jouer. Ils n’ont pas besoin de nous démontrer leur talent d’acteur. Ils marchent, descendent les escaliers, mangent, fument, discutent et leur moindre geste a une grâce infinie. Ce film nous laisse dans un état second, nous flottons, nous sommes transportés par la musique, la mélodie principale qui revient à plusieurs reprises… même si nous l’avons déjà écoutée et réécoutée mille fois (une bande originale incontournable), elle nous donne des frissons dès les premières notes. Nous sommes éblouis par la beauté de l’image. Chaque plan est un tableau, une œuvre d’art. Il n’y a que Wong Kar-Wai pour nous émouvoir en filmant des volutes de fumée, ou bien des gouttes d’eau qui tombent au ralenti sur une flaque. Il n’y a que Wong Kar-Wai pour nous toucher en effectuant un travelling entre les assiettes des acteurs qui dégustent leur viande. Il utilise le ralenti et la lumière comme personne. Nous ressentons la chaleur du temps, l’humidité lorsqu’il pleut, nous sentons l’odeur de la cuisine… Jamais le désir et l’amour n’auront été si bien montrés, sans être montrés…

C.B

Par le plus grand des hasards, combien de films comme celui-ci voit-on dans une vie ? Quatre ou cinq ne sait-on jamais, mais une chose est sûre, In the mood for love est d’une beauté sans égal. C’est au cœur de Hong Kong que Wong Kar-Wai nous transporte voluptueusement aux confins d’une des plus belles histoires d’amour que le cinéma ait pu dévoiler à l’aube du XXIe siècle. L’histoire se passe au début des années 1960, deux voisins d’un immeuble fort achalandé, Madame Chan et Monsieur Chow, magistralement interprétés par Maggie Cheung et Tony Leung, sont sur le point de vivre une passion amoureuse des plus inhabituelles lorsqu’ils découvrent que leurs époux respectifs entretiennent une liaison cachée. Dès lors, ils chercheront à découvrir comment tout cela a bien pu se produire et comment ils devront y faire face… Dans cette atmosphère empreinte de délicatesse, le cinéaste élabore ainsi un huis clos à la fois esthétique et émotionnel, orchestré par la somptueuse valse signée Shigeru Umebayashi et Michael Galasso, réinventée d’un bout à l’autre du film et qui à chaque instant réussit à nous faire frémir le cœur. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de repenser à cet instant d’éternité, cette scène pleine de grâce où le parcours de la caméra se superpose à la mélodie des violons lancinants et mélancoliques qui réussissent à nous charmer et à nous émouvoir. À la croisée d’un regard, nos deux étoiles du cinéma chinois, filmées au ralenti avec grâce, s’engouffrent dans les profondeurs de cet escalier (devenu tout un symbole) qui mène chez le vendeur de soupes. Il aura suffi d’un seul regard pour imaginer que le temps ait pu se suspendre comme dans la douceur d’un rêve… Alors tout simplement, laissez-vous porter par la voix veloutée de Maggie Cheung, par le cliquetis de ses talons, par la lumière flamboyante de toutes ses robes ravissantes, par le bruissement des pièces de mah-jong ou bien encore par les roulements de la pluie qui tombe… Autant de notes éparses qui nous éblouissent et qui font de ce film un inoubliable hymne à l’amour.

L.F.