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De La Grande Illusion à Jean Renoir

Du lundi 05 mars 2012
au mardi 10 avril 2012

Lorsqu’au début de l’année 1937 Jean Renoir commence le tournage de La Grande Illusion, il a quarante-deux ans et dix-huit films à son actif. Ce sera son premier « film-somme ». D’autres suivront (La Règle du jeu, Le Carrosse d’or, French Cancan…), mais celui-ci fait la synthèse de bien des expériences de Renoir où s’entrelacent l’autobiographie, la culture d’un homme né au XIXe siècle, le sens de l’Histoire (la grande) et des histoires (celles qui font les films).

L’on y décèlera donc tour à tour le souvenir de la Première Guerre mondiale, vécue dans la cavalerie (arme de Pierre Fresnay / Boeldieu dans le film) puis l’aviation (celle de Jean Gabin / Maréchal qui – dit-on – endossa l’uniforme de Renoir lui-même), expérience dont l’écho plus assourdi se fera entendre à nouveau dans Le Caporal épinglé, vingt cinq ans plus tard ; sa passion pour le théâtre, un théâtre populaire et non compassé, aux confins du music-hall et du caf’-conc’ de son enfance (le spectacle représenté dans l’Oflag), objet de son ultime film, Le Petit Théâtre de Jean Renoir ; sa perception caractéristique d’un microcosme qui est une société française en réduction (le groupe de prisonniers de la première partie du film). Il n’est pas jusqu’aux grandes étendues de neige de la dernière partie du film, pendant l’évasion de Maréchal et Rosenthal, qui n’évoquent l’une des grandes tentatives picturales de la fin du XIXe siècle, la restitution de la couleur blanche, inscrite dans l’aventure impressionniste, dont Renoir fils revendiqua maintes fois l’héritage (dès La Fille de l’eau en 1924 jusqu’au Déjeuner sur l’herbe en 1959), lui dont le père fut l’un des plus célèbres peintres français.
C’est donc à un portrait en creux de Jean Renoir qu’invite La Grande Illusion, portrait rendu possible grâce aux collections de la Cinémathèque de Toulouse que sont venues dernièrement compléter les très riches archives renoiriennes de Guy Cavagnac. Sans cet ensemble exceptionnel, et sans la générosité de Guy Cavagnac, nous n’aurions pu imaginer une telle exposition ; qu’il en soit ici remercié.

Christophe Gauthier