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Jerzy Skolimowski

Du mardi 11 avril 2017
au jeudi 04 mai 2017


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La littérature avait son boxeur poète avec Arthur Caravan. Le cinéma, avec Jerzy Skolimowski, tient non seulement son cinéaste boxeur, mais également poète et peintre. Itinéraire d’un cinéaste frondeur et fonceur. Un cinéaste puncher qui échappe aux classifications habituelles. Un cinéaste hors catégorie. Un insoumis qui nous donne un cinéma physique et viscéral, rencontre des fulgurances de la boxe et du jazz.
Tout commence en Pologne. Tout commence avec la poésie. Avant cela il y a eu la guerre, l’Occupation nazie, son père déporté, sa mère héroïne de la Résistance. Cela a commencé par la poésie. Pour le jazz. Skolimowski rencontre Krzysztof Komeda, le John Coltrane polonais qui fera jusqu’à sa mort les musiques de ses films (ainsi que celles de Polanski). C’est la fin des années 1950. Staline est mort en 1953. Gomulka a pris la tête du POUP (Parti Ouvrier Unifié Polonais) et du pays depuis 1956. Skolimowski rencontre Wajda qui est en train de souffler un vent de renouveau sur le cinéma polonais. Skolimowski est le plus jeune membre de l’Union des écrivains polonais. Il est en résidence. Wajda y est également pour travailler le scénario de son prochain film. Un film sur la jeunesse. Il consulte le jeune Skolimowski à ce propos, qui le renvoie dans les cordes. Ce n’est pas cela la jeunesse. Wajda est convaincu. Skolimowski travaillera au scénario de ce qui sera Les Innocents Charmeurs (il y joue également un boxeur). C’est alors que Wajda lui suggère de faire l’école de Lodz. Polanski en sort, justement, et lui propose d’écrire un nouveau scénario avec lui. Ce sera Le Couteau dans l’eau. On entre dans les années 1960. Skolimowski fait l’école. Ou plutôt il réalise son premier long métrage pendant l’école, à la faveur des exercices qui lui permettent d’avoir de la pellicule et qu’il pense comme des séquences. Au bout de deux ans, quand il doit présenter un court métrage de fin d’études, c’est Signes particuliers : néant. Un film d’une totale liberté de ton et de forme. Suivent Walkover, La Barrière. Et puis Le Départ (Ours d’or à Berlin) tourné en Belgique avec Jean-Pierre Léaud et Catherine Duport qui sortent du Masculin féminin de Godard. Il y a du nouveau à l’Est. On approche de la fin des années 1960 et Skolimowski s’impose comme une figure majeure du nouveau cinéma polonais. Ses films vont vite, des plans longs souvent tournés en une prise. De l’énergie pure. De celle d’une jeunesse qui court pour échapper aux désillusions, qui court en zigzag pour semer le conformisme. Des histoires qui pourraient se résumer à l’essence d’un de ses poèmes : « Un homme dans une gare dit : je ne sais pas pourquoi je suis là, après plusieurs années, après la jeunesse et l’amour. Il a la main sur sa gorge serrée et veut tout refaire. Il ne réussira qu’à refaire son nœud de cravate. »
Et puis vient Haut les mains, son meilleur film selon lui. L’entrée en maturité. D’anciens camarades qui se retrouvent rangés des voitures, un poids sur la conscience. Le film est censuré. Interdit. Skolimowski claque la porte. Ce sera l’exil. Angleterre, Italie, les États-Unis. Le cinéma est différent, les productions pèsent. Et Skolimowski n’est pas toujours tendre avec les films qu’il réalise alors – il ne faut pas toujours l’écouter non plus. L’innocence n’est plus, c’est certain. L’insolence est toujours là. Avec Deep End il enterre les années 1960 et le swinging London. Il y est question de faire fondre de la neige pour retrouver un diamant qui s’y est égaré. L’image vaut pour sa manière de faire des films. Fondre ce qui cache le diamant. Un premier break de six ans sépare Roi, dame, valet du Cri du sorcier. Mais le cri porte. Au bord du fantastique il rappelle la magie, ce que le cinéma de Skolimowski a de surnaturel. La Pologne a-t-elle entendu le cri ? Elle se rappelle à lui. Les années 1980 débutent. Haut les mains est libéré et sort sur les écrans plus de dix ans après sa réalisation. Skolimowski tourne alors un prologue pour raconter la censure, pour resituer le propos, pour dire le temps qui est passé. Les années 1980 sont là. Jaruzelski a pris le pouvoir. Jaruzelski a mis la Pologne sous la botte militaire. Chez Skolimowski cela donnera Travail au noir, encore un de ses plus beaux succès : des ouvriers polonais venus à Londres retaper une maison au noir, ignorant que leur pays est en état de siège. L’exil encore. La Pologne au cœur. Skolimowski finira par y retourner, après trois autres films, après la chute du régime. Ce sera pour Ferdydurke, adaptation du roman de Gombrowicz. Un des romans les plus importants de la littérature du XXe siècle. Par un Polonais qui lui aussi a connu l’exil. Un roman dont le ton et le contenu font sens par rapport au cinéma de Skolimowski. Ce sera pourtant un échec et un de ses films que le cinéaste détestera cordialement. S’en suit une pause de 17 ans durant laquelle il se consacrera uniquement à la peinture. Il revient en 2008 avec Quatre nuits avec Anna, il a 70 ans et n’a rien perdu de sa verve. Son côté décalé, son ton narquois et ses humeurs burlesques font toujours mouche. Sa fable est aussi belle que noire. Essential Killing, qu’il tourne dans la foulée, un survival quasi muet, très physique, confirme que l’homme n’a rien perdu de sa fulgurance et qu’il en a encore à remontrer avec peu de moyens. Il nous présentera son dernier film, 11 minutes, sur les écrans à partir du 19 avril.

Franck Lubet, responsable de la programmation

Bibliographie sélective sur Jerzy Skolimowski