Filmer Bernanos

Du jeudi 29 novembre 2018
au mardi 04 décembre 2018


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Photographie © Sylvain Legrand

Jean-Baptiste Sastre lira (du 28 novembre au 1er décembre) sur la scène de la Cave Poésie La France contre les robots et autres textes de Georges Bernanos, textes pamphlétaires et visionnaires, textes d’une acuité redoutable qui nous parlent, plus de soixante ans en amont, du XXIe siècle que nous sommes en train de vivre. L’occasion faisant le larron, nous en profiterons pour programmer quatre films tirés de Bernanos, dont trois magistraux, et poser la question de l’adaptation. Question qui se pose à propos avec l’œuvre de Bernanos qui n’est pas des plus cinématographiques à première vue (au sens d’un récit descriptif) et qui paradoxalement donnera des films des plus éminemment cinématographiques (au sens d’une écriture propre au cinéma). De la littérature à un cinéma pur – pas du roman filmé. Une question qui trouvera des réponses dans des textes d’André Bazin (« Le Journal d’un curé de campagne et la stylistique de Robert Bresson », paru dans les Cahiers du cinéma n°3) et de Jacques Rancière (« Mouchette et les paradoxes de la langue des images » dans Les Écarts du cinéma paru en 2011). Deux textes à propos des deux adaptations réalisées par Bresson (à retrouver à la bibliothèque de la Cinémathèque). Bernanos-Bresson et deux films comme pierres angulaires d’un lien tout particulier. Ce qui n’est certainement pas un hasard – les deux auteurs étant habités par un esprit chrétien et rebelle. Ne conviendrait-il pas d’ailleurs de parler de transsubstantiation, plus que d’adaptation, dans ce passage de Bernanos à Bresson ? Partant de Bernanos qui adaptait lui-même un texte, la nouvelle de Gertrud von Le Fort : La Dernière à l’échafaud, pour donner le scénario de Dialogue des Carmélites. Poursuivant avec Bresson : Journal d’un curé de campagne et Mouchette, où l’un semble se fondre dans l’autre – le cinéma réalisant avec la parole littéraire l’équivalent de ce que fait la littérature avec ses évocations visuelles. Pour en arriver à Sous le soleil de Satan de Pialat, qui semble devoir plus à Bresson qu’à Bernanos, comme s’il ne pouvait adapter l’écrivain qu’à travers le prisme bressonien, délaissant quelque peu son propre style. « Ce qu’il faut éviter à tout prix, disait Bresson, c’est retrouver la matière littéraire dans un film qui est cinématographique ». Et pourtant, nous avons à faire à des images qui ne prétendent nullement remplacer le texte… Bernanos filmé, une leçon d’adaptation cinématographique.

Franck Lubet, responsable de la programmation