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Pop !

Du mardi 14 avril 2026
au dimanche 28 juin 2026


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Pop ! Avec un point d’exclamation. Pour appuyer la couleur. Parce qu’il faut que ça pète. On veut du flashy. On veut de la contre-culture et de la culture populaire, Louis de Funès et Andy Warhol. Même combat. Sur le même niveau. Dans le même plan. Warhol = de Funès ! Vous n’avez jamais remarqué ? Mettez une serpillère espagnole sur la tête de notre Louis national et vous aurez un Andy ricain tout chauve. Regardez, vraiment. Et osez le toupet ! Détournons les idées reçues. Tombons les regards conditionnés. Sérigraphiez-les ! La sérigraphie, c’est la vie. L’art est dans la reproduction. Cochon, l’art de rien. Le groin dans le grain.
Allez, c’est parti. On plonge dans les années 1960-1970, dans le berceau de la pop culture, le point de bascule où tout est devenu politique – et même le cinéma. Quand une courte jupe en vinyle en disait plus long qu’un éditorial. Est-ce qu’il faut se déshabiller pour avoir le rôle, Monsieur ? Non Mademoiselle, ce n’est pas un film politique. Dans cette époque-là. Le pop art prend alors son inspiration dans la culture populaire et détourne les objets usuels pour faire œuvre. C’est Dada au pays du consumérisme, « où les plus riches consommateurs achètent en fait les mêmes choses que les plus pauvres », pour reprendre un aphorisme de Warhol et parce qu’il n’y a pas que le quart d’heure de gloire dans les adages et préceptes de la Factory. Ces années pop voient naître une esthétique nouvelle que l’on pourrait dire totalement, et pour une fois véridiquement, révolutionnaire puisqu’elle part de la culture populaire pour devenir art consacré par les élites avant de ré-infuser la culture de masse. Un cycle total. Le pop s’immisce partout. Et le cinéma n’y échappe pas.
En gros, ce pourrait être, sur la ligne Godard, un arc qui irait de Masculin féminin, avec Chantal Goya période yéyé au moment de la naissance des enfants de Marx et Coca-Cola, à Week-end, version en mouvement (avec son fameux travelling de 300 mètres et 9 minutes) de la série de Warhol Death and Disaster, au moment où les enfants choisissent Marx ou Coca-Cola. Mais ce pourrait être aussi l’indispensable Danger : Diabolik ! où Mario Bava reprend à Roy Lichtenstein ce que ce dernier avait pris aux comics pour le rendre aux fumetti. Un film populaire, d’après une bande dessinée, que la maestria visuelle de Bava élève au niveau du pop art. Ainsi se nourrit le pop.
Et, les films de Warhol nous étant inaccessibles à cette heure, nous pourrons nous faire une session de films Fluxus en 16 mm (Nam June Paik, Yoko Ono, John Cale…) ou vivre la Factory toujours en 16 mm avec Jonas Mekas, comme on pourra essayer les piti piti pas légers et entêtants de L’Homme orchestre. Tout est pop. Le pop est partout. Le pop est tout.
Pas besoin de carte pour se déplacer dans le pop. Il faut s’y perdre pour mieux le trouver. Mais quelques destinations à signaler tout de même pour leur rareté et leur étrangeté. Privilege d’abord, de Peter Watkins : une prémonitoire dystopie dans laquelle une pop star devient l’instrument de la réaction. Un film rare sur les écrans dans le pur style de Watkins, mode reportage télévisé. La dystopie empruntera énormément à l’esthétique pop – mode vestimentaire, mobiliers – dans un esprit critique (La Dixième Victime, Orange mécanique, Mister Freedom…). Serait-ce, plus largement, une esthétique de la critique ? Probablement oui. Dans le pastel et le pastiche, le criard sonnant la révolte contre les impérialismes et la réaction avec la fantaisie au bout du fusil. Mais comme elle sera aussi objet de la critique : voir Les Idoles qui dénonce le simulacre de la pop dans un esprit déjà punk qui sera lui-même rattrapé par la marchandisation. À ne pas manquer non plus, dans un registre différent : Le Grand Départ de Martial Raysse, artiste phare du Nouveau Réalisme, courant artistique proche du pop art. Là, on sera du côté de l’expérimental tendance halluciné. Il y aura encore Topical Spanish et Los chicos con las chicas, deux comédies musicales « beatlesques » espagnoles tournées en plein franquisme, sans manquer d’aller faire un tour du côté de la Tchécoslovaquie avec Un jour un chat, formidable conte subversif qui donne la pêche. Et enfin, pour les plus téméraires et adeptes de psychotronie, on ne saurait trop que conseiller le nanardesque Flash Gordon en 35 mm et en version française. Il n’y a pas de plaisir coupable. Il n’y a du plaisir. C’est ça l’esprit pop ! Que l’on veuille aiguiser son esprit critique ou que l’on souhaite une bonne plage de fun. Tout est pop. Le pop est partout. Le pop est tout. Enjoy.

Franck Lubet
Responsable de la programmation