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Rossy de Palma

Du samedi 30 mai 2026
au samedi 27 juin 2026


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Incarnation de la Movida, comme Nico ou Edie Sedgwick ont mythifié la Factory, Rossy de Palma a enflammé les scènes musicales espagnoles des années 1980, arpente encore les podiums des défilés de mode et « excentrise » les galeries d’art contemporain. Une véritable icône pop dont la présence irradiante a donné ses plus belles couleurs au cinéma ibérique – et international. Car si elle est une œuvre d’art vivante, elle est aussi actrice.
Profitant de son Nouveau Printemps, en partenariat avec le festival dont elle est l’artiste associée, et dans la foulée de l’hommage que le festival Cinespaña lui a rendu lors de sa dernière édition, la Cinémathèque de Toulouse ouvre ses écrans à Rossy de Palma pour une carte blanche de huit films. Des films dans lesquels elle a joué et qu’elle a choisi de remettre sur le devant de l’écran, et d’autres dont elle est absente mais qui prolongent le parcours d’expositions qu’elle a dessiné. De l’œuvre d’art à l’artiste et vice versa.
Même si elle n’y tenait pas vraiment, on ne pouvait pas accueillir Rossy de Palma sans la montrer d’abord à l’écran. Et l’on commencera avec Graziella de Mehdi Charef, dans un rôle à contre-emploi – comprenez dans un drame social. Ça détonne. Rossy de Palma joue les contre-pieds comme elle fait claquer les talons de flamenco. On la retrouvera dans Paradis Paris de Marjane Satrapi, film choral qui cherche la vie en parlant de la mort, où l’opéra fait bon ménage avec les cascades, où les ravisseurs jouent les psys, et où l’on découvre une Rossy haute en couleur, qui peut faire basculer une scène à elle seule. Dans Madame d’Amanda Sthers, elle jouera du quiproquo dans une comédie où une famille bourgeoise dont elle est l’employée la fera passer pour une princesse espagnole. Endosser les rôles et les subvertir, il y a quelque chose de l’esprit de Palma. Rossy n’est pas un véhicule pour personnages. Elle les vampirise pour leur donner vie. Elle les détourne de leur fonction première. Et sa carte blanche tient de cet art troublant du détournement. Avec Almodóvar, parce qu’il ne peut y avoir de carte blanche à Rossy de Palma sans passer par Pedro Almodóvar, elle choisit Madres paralelas, un film d’inversion – et de réinversion, comme on pourrait dire de réinvention – qui est aussi une réflexion sur la mémoire et les cicatrices du franquisme. Réinvention encore avec Carmen de Benjamin Millepied, qui transpose l’œuvre de Bizet à la frontière entre le Mexique et les États-Unis pour en faire un drame de l’exil.
Cette question des migrations, elle est au cœur des préoccupations de Rossy de Palma. Elle est le liant du parcours qu’elle propose au Nouveau Printemps. Et on la retrouve dans la suite de sa carte blanche, à travers des films auxquels elle n’a pas participé mais qui font sens. Ce sera Atlantique de Mati Diop, superbe film de fantômes où le réalisme et le fantastique se font une caisse de résonance rare du point de départ de l’immigration. Comme Costa-Gavras, avec Eden à l’ouest, se fera l’écho de l’errance des exilés en quête d’une terre d’accueil et d’un toit. L’humanisme est un existentialisme. Et son phare est la mémoire. Un phare nécessaire quand les brumes des totalitarismes gagnent nos républiques.
L’obscurantisme est de retour. Et il est bon de se remémorer sa couleur. Ce sera Urraca, chasseur de rouges, un documentaire littéralement incroyable qui revient sur les collusions d’un policier franquiste, Pedro Urraca, avec la Gestapo dans sa traque obsessionnelle, pour ne pas dire psychopathique, des républicains espagnols réfugiés en France.
Bref, une carte blanche qui n’aura pas que les couleurs de la Movida. C’est aussi cela Rossy de Palma. Pas une carte postale. Mais une carte météo d’un monde tel qu’il l’inquiète. À voir en complément des expositions, installations et autres performances à suivre dans le cadre du Nouveau Printemps du 29 mai au 28 juin 2026.

Franck Lubet
Responsable de la programmation