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Japanimation #1

Du jeudi 10 septembre 2026
au jeudi 01 octobre 2026


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En 1978 débarquaient sur les écrans de télévision français deux personnages qui allaient ouvrir une brèche spatio-culturelle pour toute une génération et celles qui suivraient. Un avant et un après Goldorak et Candy. Les enfants des années 1980 qui ont biberonné à « Récré A2 » n’en avaient alors pas conscience, mais c’est à une véritable révolution culturelle qu’ils assistaient, un fulguro-poing dans l’œil. Mais surtout, ils ne soupçonnaient pas un instant que ces nouveaux héros des cours de récréation venaient du Japon. C’étaient de simples dessins animés, comme on disait alors. Enfin, pas si simples que cela, puisque très vite ils allaient susciter débats et polémiques, parents et autorités n’y entendant que violence. Ces nouveaux venus sur le petit écran allaient-ils pervertir la jeunesse née à la fin des Trente Glorieuses ? Il est vrai que l’on quittait alors Le Manège enchanté et Casimir pour une nouvelle galaxie. Bonne nuit les petits, bonjour l’animation adulte. Une transmutation qui s’effectuera définitivement dans le courant des années 1990 avec les sorties sur grand écran d’ Akira (1988 – sorti en France en 1991), Le Tombeau des lucioles (1988 – sorti en France en 1996), Porco Rosso (1992 – sorti en France en 1995), Ghost in the Shell (1995 – sorti en France en 1997), Perfect Blue (1997 – sorti en France en 1999), ou encore Mon voisin Totoro (1988 – mais sorti en France en 1999). Princesse Mononoké (1997), sorti en France en 2000, par son succès tant public que critique, achèvera le processus. Les enfants de Candy et Goldorak sont devenus adultes, et le cinéma d’animation japonais, désormais identifié comme tel, avec. Enfin, leurs enfants après eux feront de la France le pays le plus grand lecteur de mangas derrière le Japon. Un véritable phénomène qui est passé du rang de contre-culture dans les années 1990 à culture populaire aujourd’hui. Une histoire culturelle française, mais qui est d’abord une histoire japonaise.
C’est à la fin des années 1910 que naît l’animation japonaise. Des films courts en papier découpé. Masaoka Kenzo, dans les années 1930, en adoptant l’animation sur celluloïd – ce qui lui vaudra le surnom de Disney japonais – apportera une première pierre importante à l’animation japonaise. En 1945, quelques mois avant la capitulation, sortira le premier long métrage d’animation en noir et blanc –  Momotaro, le divin soldat de la mer – un film de propagande.
Mais c’est dans les années 1950 que l’animation japonaise va véritablement s’industrialiser avec le rachat du studio de Masaoka par la Toei, fondant sur le modèle Disney la Toei Animation, le plus gros producteur de films et de séries d’animation. On lui doit en 1958 le premier long métrage en couleurs : Le Serpent blanc , tournant décisif vers une production à grande échelle du cinéma d’animation. En parallèle, des studios indépendants écloront au fil des années, renouvelant dans les sujets et les techniques une forme cinématographique typiquement japonaise. Osamu Tezuka, père d’ Astro Boy et de tous les mangakas, créera ses propres studios à partir des années 1960 : Mushi Productions puis Tezuka Productions, d’où sortiront d’autres génies comme Rintaro qui adaptera son manga Metropolis. Masao Maruyama, infatigable producteur, après être passé par chez Tezuka, cofondera en 1972 Madhouse, qui lancera, entre autres, Satoshi Kon. Sans parler des studios Ghibli, fondés dans les années 1980 par Miyazaki et Takahata, et que l’on ne présente plus. On l’aura compris, avec une myriade de studios, et de surcroît intimement liée à celle du manga, la japanimation est une industrie considérable qui, tout en étant un marché, reste un formidable incubateur d’imaginaires et de spectacles. Et si la France est une grande consommatrice de mangas et de films d’animation, il faut bien garder en tête que l’on est loin d’en avoir fait le tour.
C’est cette histoire que l’on vous propose de traverser à travers une large programmation que l’on vous présentera en deux temps. Une première partie ici, suivie d’une seconde après le festival Cinespaña. Une programmation loin d’être exhaustive, mais qui permettra de revoir les grands chefs-d’œuvre du genre devenus des classiques, les films jalons de cette histoire, et de mettre en perspective une esthétique et des techniques qui, si elles sont singulières, n’en demeurent pas moins multiples. Parce que le cinéma d’animation japonais n’est pas un genre en soi, mais bien une manière de regarder le monde et de se réapproprier le réel en le débordant. Et il est aussi riche qu’il y a de regards.

Franck Lubet
Responsable de la programmation