Suite aux dernières annonces, la Cinémathèque de Toulouse se réjouit de pouvoir de nouveau accueillir le public.

Mercredi 19 mai, réouverture de la billetterie (sur place et en ligne), de la bibliothèque (du mercredi au vendredi, de 14h à 19h, sur rendez-vous) et début de l’exposition « HOLYWOODOO, Incredible Movie Posters du Ghana ».

Vendredi 21 mai, reprise des séances avec le cycle « Scope ».

Hommage à Raymond Chirat

Raymond Chirat est décédé à Lyon le 26 août dernier. Le monde de la cinéphilie a perdu un historien majeur du cinéma français : il en a été le premier filmographe rigoureux et le commentateur éclairé de ses œuvres et de ses hommes.

Son Catalogue des films français de long métrage demeure à ce jour l’ouvrage de référence en la matière et couvre cette production de 1908 à 1950. Ce furent des cinémathèques qui en entreprirent l’édition à tour de rôle et ce n’est pas l’une des moindres fiertés de la Cinémathèque de Toulouse que d’avoir publié, en 1984, le volume consacré aux années vingt (et écrit en collaboration avec Roger Icart), après la Cinémathèque Royale de Belgique pour les années trente en 1975 et la Cinémathèque de la Ville de Luxembourg pour les années quarante en 1981, et avant la Cinémathèque françaises en 1995 pour la période 1908-1918. Travail d’historien et travail de cinémathécaire ont rarement été en aussi grande intimité. Mais la rigueur du filmographe n’avait d’égale que l’amour absolu (et sans œillères) des films dont il faisait son matériau.

Raymond Chirat aimait le cinéma : il en avait pris le goût dès son enfance et l’avait développé et affiné par une fréquentation assidue des salles. Mais en matière de films français, le gourmet se faisait volontiers gourmand : au fil des œuvres, le spectateur se construisait en lui un second monde, une France de cinéma peuplée de cinéastes et de scénaristes, mais où les acteurs et les actrices (premiers et seconds rôles confondus) étaient rois et reines et dont il était l’observateur et allait devenir le chroniqueur pointilleux et chaleureux tout au long des nombreux ouvrages qu’il leur a consacrés.

Pour la Cinémathèque de Toulouse, Raymond Chirat était un compagnon de travail et tout autant un ami. Avec lui et sa femme Mijo, nous avons partagé la longue histoire de la patrimonialisation du cinéma en France, des difficiles et pauvres années 1960 aux Festivités du Centenaire en 1995 – des C.I.C.I. de Bernard Chardère (dès 1963) au Festival CinéMémoire (à partir de 1991) en passant par Les Rencontres avec le Muet au Festival d’Avignon (de 1985 à 1990). Il était un conseiller précieux pour certaines programmations mais aussi pour des manifestations ponctuelles plus curieuses, comme de mener pour les apprentis comédiens du Centre Dramatique National de Toulouse et avec Jacques Rosner un enseignement sur le jeu des acteurs français ou encore de monter au C.R.A.C. de Valence une exposition sur les « drôles de gueules » du cinéma des années trente. Profondément généreux, il nous faisait merveilleusement profiter de ses compétences, de ses enthousiasmes et de son humour.

Raymond Chirat œuvra, sa vie durant, à la (re)connaissance du patrimoine cinématographique français et notamment à Lyon – sa ville, qu’il ne quitta jamais – au sein de l’Institut Lumière. Avec sa femme, il en accompagna la fondation par Bernard Chardère en 1982, il y constitua un remarquable centre de documentation qui porte son nom et il y poursuivait encore avec Thierry Frémaux – directeur de l’Institut depuis plus de vingt ans – un travail régulier de programmation du cinéma français. À Toulouse, où il aimait venir, quel meilleur moment que ce festival Zoom Arrière pour rendre hommage à cet homme de cinéma d’exception.

Jean Paul Gorce
Ancien directeur de la Cinémathèque de Toulouse

Au programme de cet hommage, deux films français : l’un, tiré du Catalogue des années vingt, Gribiche – voir p. 19 – de Jacques Feyder où l’on retrouve aux côtés de Françoise Rosay métamorphosée en riche Américaine l’une de ses « excentriques », Alice Tissot ; l’autre La Fin du jour – voir p. 21 – réunit l’un des rares cinéastes auxquels il ait consacré tout un ouvrage (Premier Plan, n° 50, 1968), Julien Duvivier, et une pléiade de ces acteurs qu’il aimait tant (Louis Jouvet, Michel Simon, Victor Francen…), jouant de vieux artistes en retraite de la scène et du studio.